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 Ton regard infernal et divin, verse confusément le bienfait et le crime [PV mon étwuale ♥]

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MessageSujet: Ton regard infernal et divin, verse confusément le bienfait et le crime [PV mon étwuale ♥]   Sam 19 Mar - 21:22

Une ombre passa. Alors que le soleil baignait les environs de sa douce chaleur avoisinant l'air printanier, une ombre se dessina. Dans le tapis d'herbe fraîche, se distinguait une forme dansante et légère, qui gouvernait le parc par delà les airs. La petite masse plumée, d'un mouvement d'ailes parfaitement contrôlé, se laissa bercer par une fine brise de vent pour finir sa course sur le rebord froid et dur d'un banc. Des plumes les plus ternes aux plus colorées, les plus grands artistes n'auraient pu mettre à plat la vivacité de ces palettes aux tons insoupçonnés. Le volatile du haut de son perchoir, gonfla son abdomen alors que son plumage se densifiait, et dans une mélodie aux sons enchanteurs, il délivra aux créatures errantes un véritable hymne à l'amour. Et le monde, atteignant son apogée, se conforta dans cette chaleur, oubliant les atrocités qui l'avaient souillé. Mais ce chant annonciateur ne s'arrêta pas là. Ses notes harmonieuses le firent frissonner. Pas l'oiseau. Le garçon. Le visage rejeté en arrière et maladroitement entouré d'une capuche, un jeune homme à l'allure singulière fit également son apparition dans le monde. L'univers des songes fut tristement délaissé alors que ledit réel l'appelait. Les paupières encore figées par la fatigue, il les masqua de son bras droit tandis que l'autre se laissait aller à fouler la terre du bout des doigts, se balançant continuellement. La colonne rongée par les bancs trop durs et les coups trop forts, il ne cessait de remuer. Des spasmes, tristes édifices laissés par le froid, le secouaient parfois alors que ses lèvres, gercées et aux contrastes bleutées, tremblotaient frénétiquement.

« J'ai ouvert les yeux et j'ai vu le monde.
-Et alors ?
-Alors, j'ai préféré les refermer. »


Les remparts que constituaient ses lèvres, gaillardement assaillis pas des pensées multiples, se laissaient aller à la répétition de ces paroles, incessamment, machinalement.

L'oiseau s'élança dans les airs alors que les rires d'un enfant foulaient la terre. Et de ses prunelles encore intactes et inatteignables par la corruption, il scrutait l'étrange spectacle qui s'offrait à lui. La vision incongrue d'un jeune homme blessé et très certainement affamé, prenant un peu de répit sur un banc à l'hygiène douteuse. Les battements de son cœur jusqu'alors imperceptibles se firent entendre dans un tambourinement affolant. Avait-il un cadavre sous ses yeux ? D'un pas fébrile, le garçon s'avança, ses pieds s'enfonçant un peu plus dans la chair de la terre. Se perdant dans des profondeurs aussi vastes et noires que l'univers, des frissons se dessinaient peu à peu sur sa peau. Et son regard de proie en prise avec les envoyés de la mort indiquait toute sa réticence à ne serait-ce qu'avancer davantage. Comme si le tableau qui s'offrait à lui était bien trop noir pour l'innocence dont il était encore pourvu, comme si ce monde était à part : plus étouffant, plus sombre, plus pénétrant. Alors, il suffoqua, la langue lourde et la bouche pâteuse, oui, il suffoqua. Comment pouvait-on vivre dans cet étrange monde, partagé entre délire et noirceur ? Folie avoisinant la paranoïa, elle-même côtoyant la désillusion, fidèle amie du mal de vivre, véritable complice d'un spleen profond et maladif jonglant de temps en temps avec les petites gens, seuls détenteurs de tristes moments de joie. Ce fut donc instinctivement qu'il recula alors qu'une main s'emparait de ses épaules. Quoique cette dernière fut rassurante, il sursauta et tomba sur le sourire chaleureux qu'offrait généralement une mère à son enfant. Alors, enfonçant un peu plus son menton dans l'imperméable qui le recouvrait, le garçon s'éloigna, sa main protégée par celle de sa mère, s'écartant des vestiges d'un inconnu. Et de son côté, cet inconnu, peu à peu, était en phase avec la chaleur béante qu'offrait médiocrement ce superbe soleil matinal.
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MessageSujet: Re: Ton regard infernal et divin, verse confusément le bienfait et le crime [PV mon étwuale ♥]   Dim 20 Mar - 2:46


J'ouvre les yeux, les posant sur mon plafond bien blanc, quoi que certains endroits le sont peut-être un peu moins. Et, restant ainsi, je laisse simplement passer les secondes, les minutes, profitant du calme qui a avalé la maison où je vis avec papa. Il est certainement déjà au travail, et il m'a laissé dormir, en sachant parfaitement que comme toujours je serais à l'heure à l'école même si je traîne la patte sur la route. Je fixe toujours ce plafond, avant de hisser l'un de mes avant-bras au-dessus de mes paupières, n'osant pas les refermer pour autant. J'ai encore fais cet étrange rêve, du genre de ces rêves que l'on fait après avoir vu un film, après avoir cru comprendre parfaitement, profondément, une émotion belle et bien réelle. J'ai vu défilé ces images, les unes après les autres, certaines plus claires, moins floues, que d'autres, comme si je connaissais cette histoire sur le bout de mes doigts. Mais rien ne me revenait plus, désormais. Je restais là, laissant retomber mon bras en faisant l'étoile de mer dans mon lit avant de me recroqueviller sur le côté. Je ne sais plus rien, à nouveau. A l'intérieur de moi, comme tous les matins, il y a ce monstre qui dévore mes rêves. Il s'amuse de moi, me torture, fait disparaître ces images dont j'aimerais me souvenir, que je me dis à chaque fois que je vais dessiner pour ne pas les oublier. Mais même en me précipitant à mon cahier avec mes crayons, quand je pose ma mine noire contre le papier, tout a déjà disparu.

Il y a ce grand vide, cette sensation d'être incomplète, qui me ronge sans cesse. Et pourtant, me perdant sur mon plafond comme si j'étais capable d'y dessiner un "moi" possédant toutes les réponses, je sais que je me réveillerais aussi demain avec ce drôle de sentiment. Et que, dans la journée, à la moindre question sur mon passé, elle reviendra à la charge. Je suis une sorte de bug dans la matrice, le monde parasite mes systèmes, ne laissant derrière lui qu'un vague amas d'informations sans ordre, toutes posées là à la va-vite. Je referme les yeux, sur les flashs trop rapides de ces images que je désire rendre éternelles. C'est peine perdue. Et puis il faut que je me secoue pour ne pas risquer d'être en retard à l'école pour la première fois de ma vie ! Je me lève du lit, laissant ce "4:27" paresser à ma place sur mon réveil. N'importe qui, s'il avait été à la maison, m'aurait trouvé folle de me lever à une heure pareille. Mais moi, je m'en fiche. Tous les matins, j'ai mes petits rituels, j'ai mes habitudes, et il faut bien que je me lève tôt pour ne pas risquer de ne pas voir le temps passer. Je m'étire, longuement, les bras vers le ciel, et baille en refermant un court instant les yeux.

Il est temps que j'aille prendre mon petit-déjeuner ! Je descend à la cuisine, passe en vitesse devant la photo de papa à laquelle j'envoie un baiser volant sans regarder. Je le sais : je n'ai pas le droit de regarder. J'esquive, avec habitude, les miroirs, les surfaces réfléchissantes, prépare mes tartines de pain à la confiture, remplis ma tasse de lait. Je ferme rapidement les fenêtres, pour ne plus laisser la moindre chance de reflet dans la télévision et l'allume pour regarder les quelques dessins-animés qui passent sur ma chaîne préférée. Papa n'aime pas que je regarde ça dès le matin, il dit que je ferais mieux de lire, mais il n'est pas là ! Je jette un regard las sur la chaise à côté de la mienne. Non, papa n'est pas là. En réalité, j'ai toujours plus de chance de le croiser le soir que le matin, parce que ses horaires sont toujours étranges, mais qu'il m'a fait la promesse de toujours revenir avant qu'il ne soit vingt-et-une heures et demie, heure à laquelle je vais me coucher, qu'il soit là ou pas. Ma tartine dans la bouche, maintenue là par le bout de mes doigts, je zappe de l'autre main de ma chaîne favorite à la précédente, pour faire passer le temps, avant d'étreindre la télévision. Je finis mon petit-déjeuner pratiquement dans le noir, en chantonnant tout doucement. Dehors, il fait encore noir.

Le temps a vite filé. J'ai révisé mes leçons, j'ai chanté à tue-tête en faisant le lit de papa, en rangeant les papiers qu'il avait encore laissé traîner sur son bureau et, quand l'heure est arrivée, je me suis lavée pour m'habiller et sortir. Mon sac en bandoulière contre ma hanche, je prends la direction de l'académie. Et, sur la route, je joue avec un chat, je profite du paysage de la ville encore toute endormie. Il n'y a personne. Et tout est plongé dans un calme absolu, tout est encore entre les bras de Morphée. C'est vraiment... Le meilleur moment de la journée. Je sais qu'une fois à l'académie, il va y avoir ce brouhaha, et que je n'aurais personne avec qui parler, personne avec qui m'isoler pour être à l'abris de la cohue. La tête dans les nuages, je ne regarde plus vraiment où je vais. Encore une fois, la tranquillité me met dans l'esprit ces fameuses images, celles qui me poursuivent. Je les vois, ces miroirs tout autour de moi, mais je n'arrive pas à me voir à l'intérieur. En m'arrêtant un instant sur le trottoir, je soulève mes cheveux pour les remonter un peu vers mes yeux. Je sais que j'ai les cheveux blonds, parce qu'ils sont longs. Mais je ne sais même pas la couleur de mes yeux. Je veux dire, papa m'a déjà dit milles fois qu'ils sont bleus/verts, mais je ne sais pas ce que ça veut vraiment dire. Je soupire, lourdement, découragée, et traîne un peu le pas.

Quand je relève enfin la tête, fatiguée et ennuyée de regarder mes pieds, j'ouvre grands les yeux. Huh...? Où est-ce que je suis, au juste ? Je tourne la tête à droite, à gauche, en essayant de me souvenir de la route que j'ai fais. Mais c'est plus difficile que ce que j'aurais cru. Je regarde encore autour, et finis par reconnaître un panneau publicitaire de l'autre côté du chemin de terre. Je suis au parc, c'est déjà bien, je connais l'endroit ! En remontant un peu mon avant-bras droit je fais glisser ma manche pour pouvoir regarder ma montre à mon poignet. Je suis toujours à l'heure ! Autant en profiter pour me balader et, avec un peu de chance, trouver de jolies choses à dessiner. Je sors mon cahier et mon critérium, à l'affût de tout ce qui pourrait être joli. Mais bientôt, c'est la pagaille. Au fur et à mesure de mes pas, je me mets à dessiner un peu tout. Avec le soleil qui se lève doucement, les couleurs sont divines, les ombrages sont parfaits... Je lève la tête, dessine les feuilles jouant avec les lumières, celles dormant sur le sol, les gens de dos dont les ombres s'enlacent presque. Tout me passionne, bien vite, et j'ai beaucoup de mal à ne pas arrêter un dessin pour en faire presque aussitôt un autre.

Après de longues minutes, enfin, je m'arrête. Plus loin, il y a un manteau sur un banc. Oh, non. Il y quelqu'un dans ce manteau. Je fais quelques pas sur le côté, doucement, un peu hésitante, embêtée à l'idée de me montrer moi-même si curieuse et, ouvrant un peu plus les yeux, rougit de la vue. Il est... Tellement calme. On pourrait presque croire qu'il ne respire pas. Et pourtant, son imperméable se soulève un peu, à chaque respiration. En réalité, c'est peut-être même le plus inquiétant de l'histoire ! Un peu paniquée, je n'ose pas m'avancer pour demander s'il va bien. Papa m'a dit de ne pas parler aux gens qui dorment dehors, parce qu'ils peuvent saouls parfois et être méchants. Mais étrangement, lui je ne veux pas le laisser là. Je m'accroupis, à distance, et me met à dessiner. Je dois faire vite. S'il bouge, j'aurais perdu ce moment où toutes les couleurs du matin passent sur son imperméable, brillent, donnant l'impression qu'il est une lumière vivante. Je m'applique à dessiner, finissant par, en risquant de salir ma jupe, m'asseoir au sol pour sortir ma trousse de crayons de couleurs. Papa me gronderait s'il me voyait là... Mais il ne le saura pas. Je ne lui montrerais même pas mon dessin. J'ai envie de le garder pour une raison toute particulière, de le colorier entièrement. Je perds du vert, du bleu, de l'orage, du rouge, du marron, sur le papier qui se laisse faire à mes envies. Et, mon dessin finit, je souris, satisfaite. Alors seulement, je range mes affaires dans mon sac, décroche la page de mon cahier et, me relevant, je viens tapoter l'épaule de la personne dans son petit univers, pour lui tendre mon dessin.

Je vais l'oublier. Et sans ce dessin, je ne pourrais jamais m'en souvenir. Mais, à cet instant précis, alors que je suis suffisamment près pour pouvoir voir son visage, je m'en fiche bien. Il est spécial. Je ne sais pas pourquoi, mais il est spécial. Mon coeur bat un peu plus vite, mon souffle à du mal à se faire tranquille dans ma gorge, l'air m'a l'air si froid qu'il brûle vivement mes poumons. Je l'observe, je le regarde, je l'admire. Et, même si le temps passe, ça me va comme ça. Pourtant, finalement, mes yeux dévient. Il va me trouver bizarre, si je continue à le regarder comme ça...

« J-je suis désolée, monsieur... Je vous ai dessiné, sans vous demander l'autorisation. A-Alors je vous donne mon dessin. »

En réalité, je ne suis pas si désolée que ça. Embêtée, oui, parce que dessiner les gens sans rien leur demander c'est une mauvaise manie que j'ai, mais pas désolée, non. Mon dessin, j'en suis très fière, même si en un sens, je le trouve incomplet, parce qu'on ne voit pas le visage de la personne que j'ai dessiné. Mais ce n'est pas grave. Peut-être même qu'en un sens, c'est mieux. S'il se redresse pour prendre mon dessin, s'il me voit, m'entend, et qu'il ne m'ignore pas, je ne suis pas certaine de savoir encore comment tenir sur mes jambes. J'aimerais qu'il fasse comme si je n'étais pas là, pour que je puisse garder mon dessin, et que je me souviennes toujours de ce moment, de ce sentiment tout chaud que j'ai tenté de mon mieux de faire couler sur mon papier pour le colorer. Je suis là, à attendre, à espérer. Et bientôt, une main remonte contre ma poitrine, se serrant un peu contre le tissu de mon duffle coat. Je veux tellement voir ton visage, monsieur l'inconnu, comprendre pourquoi toi qui n'étais personne, tout à coup, tu m'intrigues tant. Mais, s'il te plais, oh s'il te plais, ne te tournes pas vers moi. Je sais qu'après ça, je ne pourrais plus te quitter. Parce que tu es... spécial, n'est-ce pas ?
#999999 words
j'adore juste teeeeeellement ta façon d'écrire que j'ai eu beeeeeaucoup de mal à ne pas recommencer trois-cent-mille fois mon propre post, mais le voilà finalement prêt !
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MessageSujet: Re: Ton regard infernal et divin, verse confusément le bienfait et le crime [PV mon étwuale ♥]   Dim 20 Mar - 9:59

Douces paupières, ouvrez-vous et laissez le soleil vous embaumer. Triste cœur, lève-toi et laisse ton destin te rendre ce peu d'espoir dont toi seul étais le détenteur autrefois. Dans une harmonie aux accords presque divins, le vent portait un étrange message à qui voulait l'entendre. Chacun aurait pu interpréter ce souffle ardent comme il lui plaisait et ce fut ce message-ci qu'un certain garçon choisit de comprendre. Feuilles aux couleurs du destin et oiseaux, superbes messagers d'un dessein à venir s'emportaient dans une danse infernal, frôlant les cieux un peu plus à chaque envolée. Mais le garçon ne bougeait pas, seuls de légers frissons parcouraient sa peau.

« J-je suis désolée, monsieur... Je vous ai dessiné, sans vous demander l'autorisation. A-Alors je vous donne mon dessin. »

Ses mains stoppèrent tout mouvement. Celle qui se déhanchait inlassablement arrêta pitoyablement ses balancements, foulant la terre du bout des doigts alors qu'elle était toujours en arrêt. L'autre, par un geste instinctif, recouvra son visage davantage, ne laissant aucune possibilité de l'entrevoir. Son buste, triste victime des battements affolés d'un cœur bien trop rapide, se soulevait de façon irrégulière, fatigué par un souffle instable. Alors, l'emprise de sa main sur le tissus rugueux se fit plus précise, si bien que ses doigts longs et fins en pincèrent une partie afin de le soulever. Et il resta ainsi, sa soudaine raideur traduisant une hésitation à laisser cette voix inconnue découvrir son visage. Et pourtant, il finit par s'exécuter. Les bribes de ce tissu malpropre découvrirent un visage aux traits dissimulés par du sang séché tendrement mêlé à de la boue. Difficile de douter que ce visage harmonieux avait abreuvé les terres de son propre sang. L'humain, dans sa fébrilité splendide, se redressa sur ce banc qui était auparavant aussi clair que le ciel du matin. Assis, il prit un instant son visage dans ses mains, essayant inutilement de défaire ses traits du masque de crasse qui y était agglutiné. C'était aussi un refuge bien pathétique. Il n'était pas difficile de voir que son regard fuyait à tout prix celle qui lui faisait face. L'abdomen rétracté, il était en proie à l'angoisse. Le vent, annonciateur de changement, l'avait prévenu. Les éléments, tous autant qu'ils étaient s'y étaient prêtés, à la prévention d'un destin avenant. Mais le garçon semblait s'y refusait. Après tout, le destin n'était qu'un mythe créé de toutes pièces par des humains trop accablés par leur condition. Et s'il existait réellement, alors, il tenait davantage d'un châtiment, étant la négation du libre arbitre. Ses yeux s'accrochant désespérément au sol, il ne put que tendre une main afin de saisir le dessin.

De si belles couleurs. Les tons se mélangeaient gracieusement, dans une harmonie insaisissable, intemporelle. Lignes finement marquées, parcouraient le grain du papier, s'écoulaient tendrement d'une parcelle à l'autre et suivaient la fluidité naturelle d'une rivière, comme si la pluie avait elle-même parcouru la feuille et y avait déposé son empreinte mélancolique. Et c'est lors de cette observation détaillée que ses pupilles, entourées des véritables pleines lunes rouges que constituaient ses iris, se dilatèrent. Le regard happé par ces couleurs aux pigments variés, il ne cessait de s'y perdre. Ravalant silencieusement sa salive, les yeux à l'affût, il finit par découvrir complètement son visage de ses mains, le redressant dans un rythme saccadé par la peur de l'inconnu. Une grimace hésitante déchira ses lèvres encore tremblotantes et bleutées et ses prunelles finirent enfin par se poser sur une jeune fille. Apparition d'ordre divin ou véritable allégorie du destin, sa vision ôta à son visage la peur de ce qui l'avait jusqu'ici empêché de lui faire face. Ses yeux auraient pu se perdre dans les siens comme l'on se perd dans un livre. De si beaux yeux d'ailleurs. Leur teinte était si rafraîchissante que le lycéen eut un mouvement de recul, comme s'il avait peur de souiller leur éclat de par un simple regard de sa part. Et des cheveux tels une véritable dorure, si bien que ses mains s'y seraient allègrement égarées. C'était la rencontre brutale et vacillante de deux mondes. C'était la découverte imprévisible et indivisible de deux êtres si différents. C'était comme si la Lune et le Soleil s'entrechoquaient, ne laissant derrière eux qu'une traînée d'enluminures aux allures surnaturelles.

« C'est… Merci. Il est vraiment magnifique et je ne dis pas ça parce que c'est moi qui y suis représenté, fit-il dans un rire maladroit. Merci de me faire exister. Ce n'est pas grand-chose mais en contre partie, je te donne ça. »

Sa main, animée par une audace qui lui avait manqué jusque là, s'élança vers celle de sa jeune interlocutrice après s'être enfoncée dans la poche du garçon. Complètement refermée sur l'élément qu'elle détenait, à la manière d'une fleur se donnant à l'aube, elle éclot lentement et gracieusement, laissant ses doigts s'ouvrir avec la cadence de véritables pétales. Dans sa paume, se trouvait une hirondelle en verre dont les couleurs chatoyantes séduisaient le soleil, lui donnant des reflets colorés fantaisistes. L'objet, d'une fragilité hors pair, bien que quelque peu abîmé, n'avait pas succombé aux coups qu'il avait vu se dérober, et comme à l'épreuve du temps, il n'avait acquis que davantage de beauté.

« Je ne l'ai pas volé… J'ai… En fait, j'ai fait un stage chez un créateur bijoutier et souffleur de verre. Un gars bien. Il m'a appris à faire quelque chose de bien avec mes mains. J'ai fait cette hirondelle avec du verre du Murano, importée de l'île de Murano en Italie. En Chine, l'on pensait que lorsque les hirondelles disparaissaient à l'automne, c'est qu'elles se réfugiaient au fond de l'eau pour y passer l'hiver, transformées en coquillages. Comme si… Elles étaient un peu intemporelles, qu'aucun environnement ne leur échappait. Enfin bref. »

Il conclut cette étrange légende dans un rire énigmatique alors que l'une de ses mains rejoignait sa nuque pour s'y reposer un instant, la frottant en suivant des temps précis. La gêne, fidèle disciple d'une timidité maladive s'était imprégnée sur son visage, non, sur son corps entier. Sa posture toute entière n'en était que le reflet. Probablement aussi effrayé par autrui que certains l'étaient par la mort, ses yeux ne savaient plus où tournoyer. Le vent expira un dernier souffle et ce dernier vint lui laper délicatement le visage alors, sa pose figée se dissipa avec le souffle du vent. Et c'est en reposant ses yeux sur la jeune inconnue, que toute peur et appréhension disparurent.

Je ne sais pas qui tu es, mais je ne quitterai probablement plus jamais… Non, je peux pas dire ça, c'est vraiment trop bizarre.
[HRP: Ohww merci beaucoup, c'est vraiment gentil D8 J'adore ta réponse en tout cas ! Pearl est trop mignonne *^* ]
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MessageSujet: Re: Ton regard infernal et divin, verse confusément le bienfait et le crime [PV mon étwuale ♥]   Dim 20 Mar - 17:53


Le temps ralentit, puis disparaît. Et je reste là, figée sur place. Il relève la tête, et pour moi c'est le coup de grâce. Mes yeux se perdent sur les traits de son visage, sur le sang séché qui marque toute la violence qui explique la lueur peinée dans ses yeux. Je comprends mieux, maintenant. Ce que j'ai "ressenti", c'est certainement ça. Cet appel à l'aide muet, étouffé, tant espéré mais qui se perd en milliard d'échos au milieu du "bruit" silencieux d'un monde tout endormi. Même ainsi, personne n'a du l'entendre. Mais moi je suis là. Avec mes petits moyens, avec mes faiblesses comme mes forces, à me montrer à lui en espérant être son oasis. Il a l'air d'avoir traversé son propre désert, d'avoir affronté ses propres affres. Et je suis là, a le regarder. Je l'observe, je l'admire encore. Que s'est-il passé pour qu'il soit blessé de la sorte ? Comme tout le monde, je devrais certainement penser qu'il s'est battu, que c'est un délinquant et que je ferais mieux de m'éloigner, que je ne sais ni d'où il vient, ni où il ira. Mais ce sentiment étrange, ses yeux, ils me disent que c'est faux, que je sais que c'est faux. Il est spécial. Il est là parce qu'il ne sait pas où aller, parce qu'il est hors de son propre circuit, comme s'il avait dérayé. Je devrais peut-être avoir peur, m'éloigner, fuir, mais je reste là, avec ce sentiment qui me tranquillise. Je n'ai pas peur. Non, je n'ai pas peur, j'ai de la peine. Mes yeux brillent certainement des larmes froides qui se glissent vers eux, faisant trembloter mes lèvres. Je ne pourrais pas parler, pas répondre. Je pourrais simplement être là, à attendre avec lui que le temps passe. L'école n'est plus dans mon esprit, il n'y a plus que lui, lui et ce sentiment qui me hurle de le sauver, de rester à ses côtés, d'être là pour le guérir. Pour la première fois de ma vie, je n'ai pas peur, pas peur de lui, pas peur de ma capacité. Et, paisible, je garde un moment mes yeux dans les siens. J'aimerais tant savoir lire en lui, lui prendre toute cette douleur qui a l'air de le ronger de l'intérieur, qui le laisse suspendu hors du temps comme un funambule sur un fil trop fin...

Il regarde mon dessin, semble s'y noyer. Maintenant que je le vois, que je le détaille de mes yeux humides, je vois qu'il n'y a pas assez de couleurs, mais qu'il n'y en aura certainement jamais assez de toutes façons. Quiconque l'aurait vu comme un simple jeune homme, installé là à ne rien faire, une personne parmi tant d'autres. Mais, désormais, plus les secondes passent, plus il brille à mes yeux, plus il se renforce, plus il gagne de cette douce assurance que l'on obtient face à une adolescente aussi frêle que moi. Et pourtant, non, je n'ai toujours pas peur. Il ne me fera aucun mal. Je le crois, je crois ce que ses pupilles veulent bien me dire, comme messagères des mots qu'il ne parvient pas à prononcer. Je le connais enfin, je le reconnais, ce sentiment que papa m'a d'écrit mille fois. C'est... tellement doux. Je me sens comme si je flottais sur un nuage, l'invitant à m'y rejoindre pour apprendre à regarder ce monde agité depuis un endroit où nous sommes en sécurité. Mon monde est invisible, personne ne le connait, personne ne l'a jamais rien qu'effleurer, mais je veux qu'il y vienne, qu'il y pose toutes ces bagages de souvenirs, qu'elles soient enfin à l'abri de la rudesse d'une existence qui n'a pas l'air d'être de tout repos. Et il regarde toujours mon dessin. Il y voit ce que je vois. Il y voit certainement toutes les couleurs qu'il n'a jamais vu émaner de sa simple présence. Et mon coeur se serre, doucement, timidement. Je suis heureuse de ne pas avoir pu dessiner son visage. Je n'aurais pas su traduire cette expression, la reproduire. Je n'aurais pas su dessiner assez bien. Et puis... Je veux garder cet instant tout pour moi. Mon petit coeur, battant comme un oiseau en cage, me murmure des mots de sucres et de miel, chantant les louanges de cet instant magique. Si seulement j'avais le courage.

« C'est… Merci. Il est vraiment magnifique et je ne dis pas ça parce que c'est moi qui y suis représenté, il rit alors, sans assurance. Merci de me faire exister. Ce n'est pas grand-chose mais en contre partie, je te donne ça. »

Il fourra la main, encouragée, d'un mouvement presque énergique alors que je l'avais vu paressé jusque là, dans sa poche. Et, les yeux un peu ronds, je suis ce mouvement. Me donner quelque chose ? L'envie d'arrêter son geste me saisit. Mais, de l'autre côté de ma balance, il y a cette envie plus forte encore d'attendre, de le laisser m'offrir quelque chose. Je lui ai offert mon dessin, mon beau dessin, après tout. Je me sens mal, d'être aussi égoïste, d'être aussi impolie, mais je ne saisis moi-même plus comment mon esprit fonctionne. Je m'éloigne, si délicieusement, de tout ce que papa m'a apprit. Ne pas parler aux inconnus. Je l'ai fais. Ne pas dessiner quelqu'un sans lui en demander l'autorisation. Je l'ai fais. Ne pas accepter de cadeaux d'étrangers. Je vais le faire. Mon coeur se serre à nouveau, un peu plus douloureusement cette fois-ci, comme si la poigne de mon père tentait de s'en emparer, pour lui faire entendre raison. Mais ce petit oiseau en moi, il ne fait que chanter plus fort, pour outre passer le hurlement de cette tempête inaltérable. Finalement, sa main ressort de sa poche et, retenant un peu mon souffle, j'attends. Sa main, tournée vers moi, ouvre peu à peu sa paume. Et, des couleurs se jettent un peu partout. Le soleil du matin joue avec le petit objet qu'il tient, me donnant premièrement un léger mal à l'apercevoir. Je me penche un peu, curieuse, et l'aperçoit enfin. C'est un oiseau. C'est une hirondelle. L'oiseau fidèle.

« Je ne l'ai pas volé… J'ai… En fait, j'ai fait un stage chez un créateur bijoutier et souffleur de verre. Un gars bien. Il m'a appris à faire quelque chose de bien avec mes mains. J'ai fait cette hirondelle avec du verre du Murano, importée de l'île de Murano en Italie. En Chine, l'on pensait que lorsque les hirondelles disparaissaient à l'automne, c'est qu'elles se réfugiaient au fond de l'eau pour y passer l'hiver, transformées en coquillages. Comme si… Elles étaient un peu intemporelles, qu'aucun environnement ne leur échappait. Enfin bref. »

Avançant un peu la main maintenue contre ma poitrine, serrant doucement le tissu de mon manteau, j'hésite. Pourquoi me la donner à moi ? Pourquoi m'offrir quelque chose d'aussi beau, quelque chose que je risquerais d'oublier, qui n'aura peut-être plus, demain, la même valeur à cause de mon maudit don ? Je sais que je devrais le refuser. Il y a tant de raisons pour que je le refuse. Mais je n'en ai pas la force. Je me redresse, relevant mon visage vers le sien, le regardant, un peu colorée, se frotter la nuque d'un air embêté. Lui non plus, il ne sait plus quoi faire de cette situation. C'est tellement étrange. J'ai l'impression de le connaître depuis une éternité, d'avoir été arrachée à lui quelque part, à un instant bien précis, pour que finalement le destin, joueur aux directives imprévisibles, nous repose à nouveau l'un près de l'autre. Il y avait cette cicatrice, comme ce cordon ombilical coupé trop vite, entre nous. Il y avait ce malaise, ce vide de ne plus être ce que j'avais l'impression que nous avions été par le passé. Je le regardais encore, hésitante, avant d'avancer encore ma main, un peu tremblante, pour me saisir de l'hirondelle avec une douceur toute dédiée. Je ramène ma main lentement vers moi, la rouvrant pour admirer l'oiseau qui semble dormir au creux de celle-ci. Quand va t-il se réveiller ? Bien que ses ailes soient légèrement abîmées, je sais qu'un jour cet oiseau va ouvrir les yeux. Je sais qu'il sera capable de voler avec les autres, et de trouver son compagnon. Et ce jour-là, quand ce jour arrivera, je garderais ce précieux souvenir gravé dans ma mémoire, à tout jamais, pour moi seule, tenu à distance du papier qui m'aurait volé la majesté de l'instant. Je suis si égoïste. Et pourtant, je ne m'en veux même pas. Non, c'est parce que pour moi, aujourd'hui, c'est un jour spécial. Spécial parce que je l'ai rencontré, je l'ai croisé, enfin, après toutes ces années.

Toute la magie de l'instant m'a tenu hors de la réalité. Mais celle-ci n'en reste pas moins présente, bien que laisser en suspend. Et, r-ouvrant un peu plus mes grands yeux, l'air choquée, étonnée peut-être, je baisse la tête pour ouvrir d'une main ma poche, et de l'autre y loger l'hirondelle, que je pose contre les mouchoirs tout neufs que papa a laissé pour moi. Ici, elle a son nid. Elle ne sera plus abîmée, je vais la protéger. Je ne veux pas qu'elle tombe, qu'elle se blesse à nouveau. Et si un jour elle se rapproche du sol, je serais là, avec mes poumons d'enfant, à lui crier qu'il faut qu'elle s'éloigne à nouveau, qu'elle reste hors de portée des fusils qui ne veulent que sa chute. Je me fiche d'avoir des ennemis, si c'est pour cette hirondelle-là. Je relève encore une fois le visage, en souriant, rassurée de voir ma petite hirondelle si bien logée et, tournant la tête vers mon sac, je l'ouvre pour farfouiller dedans. Je sais que c'est là, je ne l'oublie jamais. Finalement, souriant plus grand du fait d'avoir trouver mon petit kit de premiers soins, celui que papa m'a obligé à toujours emmener à cause de ma maladresse, je l'ouvre pour en sortir un bout de coton et du désinfectant. Je ne peux pas le laisser comme ça. Et même si c'est embarrassant, je dois le soigner. Je me rapproche, d'un pas un peu vacillant de nervosité et, finalement, regardant sans plus trop regarder, je viens poser le coton contre une blessure, tapotant à peine. Mon coeur joue du tambour, comme s'il cherchait à se libérer de ma poitrine chétive, et ma respiration accélère de ce fait légèrement, d'une façon à peine perceptible. Non, Pearl. Tu ne partiras pas avant de l'avoir soigné. Je m'applique, pose de petits pansements là où il semble que ce soit nécessaire, tentant de faire de mon mieux malgré mes mains n'obéissant qu'à moitié à ma volonté, semblant préférer l'agitation de mon coeur. Bientôt, enfin, je fini le tout. Et, rassurée, apaisée, je me recule, passant le dos de ma main contre mon front en soupirant, un sourire aux lèvres.

« V-voilà ! J-je suis désolée si ça a piqué, mais tu saignais et tu étais tout sale... T-Tu sais, je... Je suis pas comme ça, d'habitude. Parce que papa m'a dit de ne pas m'approcher des gens que je connais pas. M-mais toi... »

Je me résigne, je me ravise. Non, c'est définitivement trop étrange de dire ça. Mes yeux fuient, bouleversés. Qu'est-ce que je dois faire ? Qu'est-ce que je peux faire ? Si je pars maintenant, je ne le reverrais peut-être jamais. Et ça me ferait tellement de peine... Et puis, il pourrait se blesser à nouveau ! Et je ne serais pas là pour le soigner. Mon coeur accélère encore, me coupant le souffle l'espace d'une fraction de secondes. Je ne peux pas le dire. Je ne peux pas lui dire qu'il est spécial. Et pourtant, je sais mieux que quiconque qu'il l'est. Je n'ai aucun doute : il est cette personne spéciale pour laquelle je donnerais tout. Son visage, ses yeux ont réduit à néant mes craintes, mes hésitations. Mais peut-être n'est-ce pas réciproque ? Peut-être est-ce possible que je sois la seule à le voir de cette façon ? Non. Peut-être pas. Il m'a donné une hirondelle, après tout. Mon esprit s'emmêle, mes pensées cherchent à fusionner, faisant naître des questions de-ci de-là, me noyant sous le flot. Et le temps, toujours suspendu, défilant pourtant toujours pour tout un chacun, m'arrache ces précieuses secondes à ses côtés. Bientôt, je n'aurais plus de temps. Le dernier grain de sable marquera la fin de cette pause, de ce temps mort. Je dois le dire. Mais je ne peux pas le dire. Je presse un peu mes lèvres entre elles, debout, là, en face de lui, la tête un peu basse. Comment le dire..? Ai-je le droit de le dire..? Je ne comprends plus rien. Mais il y a cet oiseau, si franc, qui me pousse à le dire. Je ne veux pas qu'il disparaisse, repartir sans même rien que savoir son prénom. S'il s'en va, si je m'en vais, je ne le reverrais plus jamais. Nos chemins seront à nouveau aussi distants, seront à nouveau ces chemins opposés. J'ai brisé cette distance, ce miroir qui nous illusionnait, nous cachait la présence de l'autre. Sans trop savoir ce que je faisais, j'ai donné un énorme coup dedans, et, en se brisant en éclats, il m'a laissé le voir.

« Je... Je m'appelle Pearl ! Si tes parents t'ont dit de ne pas parler avec les inconnus, maintenant tu peux me parler ! Parce que tu me connais, tu sais que je m'appelle Pearl !, je baisse à nouveau le visage que, vivement, j'avais relevé vers lui pour me donner du courage. Je me fais peut-être des idées mais... Mais tu es spécial, pas vrai ? »

#999999 words
ohmondieu je fooooonds devant ce rp, c'est abominable ;W; Sahïne est juste tellement tropgnon lui aussi. TwT
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MessageSujet: Re: Ton regard infernal et divin, verse confusément le bienfait et le crime [PV mon étwuale ♥]   Lun 21 Mar - 19:34

Alors que le ciel se mouvait, alors que les oiseaux chantaient, alors que leurs deux cœurs distincts s’unissaient dans un chant cristallin, alors que tout continuait, le temps s'arrêta. Le tableau aux couleurs saisissantes se figea sous le champ réconciliateur du printemps. Les yeux finement dessinés du lycéen, de leur étrange prunelle aux reflets orangés enveloppaient cette étrange créature d'une bienveillance à la douceur indescriptible. Pupilles dilatées, organisme détraqué, cerveau en proie à l'addiction et tremblements d'excitation ne traduisaient que faiblement un soudain état de dépendance. C'était le résultat de deux mondes qui s'entrechoquaient, deux mondes qui se révélaient doucement, tendrement, l'un à l'autre. Et c'est ainsi que leur rencontre rivalisait avec le big bang, égalant sa splendeur, son caractère imprévu, brutal et insaisissable. Alors, l'air ambiant devint inexplicablement plus respirable. Comme si la souillure du monde s'était effacée durant de bien belles et longues secondes, l'oxygène avait paru plus pur, plus… coloré ? Tout n'était qu'explosion de couleurs. Les feuilles reprenaient leur couleur d'un vert hypnotique et se déposaient sur l'étendue des flaques laissées par les pluies de la veille. Leur verdure frôlait à peine la surface de l'eau que de parfaites mélopées se dessinaient sur cette dernière. Alors des nuances inédites, fruit de ces deux mondes singuliers, apparaissaient dans l'eau. Dans un bruissement d'ailes envoûtant, de petits volatiles s'en approchaient, certains osant même s'y déposer, faisant jaillir de fines gouttelettes de part et d'autre. Abreuvés, ils rejoignaient les airs avec une vivacité incroyable et régnaient en maîtres sur un ciel dégagé, les nuages se faisant lentement engloutir par la superbe boule de feu. La rosée, agile et légère se laissait aller à la conquête des terres, glissant d'une brindille à une autre, sans en épargner aucune. La nature, dans son immense générosité, faisait part de ce spectacle à qui saurait le voir. Mais les pas s'enchaînaient, s'emboîtaient frénétiquement alors que tout leur échappait. Passants avides de temps ne jetaient pas un regard aux alentours. Et pourtant, ce phénomène, aussi éphémère et surnaturel soit-il, avait bien lieu. Quoi qu’ordinaire, il possédait pourtant un caractère paisible inébranlable. Et le garçon, sûrement envieux de goûter une nouvelle bouchée de cet air à la composition si parfaite, en remplit entièrement ses poumons, dépassant ses propres limites pour une seule inspiration, l'unique. Et sa mine de surprise était probablement la principale témoin de ce souffle impressionnant qu'il ne se soupçonnait pas lui-même. Le corps enlacé par cet univers de quiétude, son regard suivait toujours la jeune fille, se perdant dans ses mouvements, dans sa physionomie. Et il était probablement aussi inspiré par cette jeune créature qu'elle était inquiète pour lui. Elle était si parfaite, si indécelable que ses muscles même en étaient pris de vertige. Il l'avait observé avec une bienveillance incontestable, un sourire dégagent un trop-plein d'amour trônant sur ses lèvres écorchées. Fouillant dans son sac, elle ne le voyait sûrement pas se perdre dans cet examen consciencieux dont elle était l'objet. Lorsque la jolie blonde déposa un coton imprégné de désinfectant sur l'une de ses joues, son visage se métamorphosa et se mua en un infime interprète d'une sensation sans doute nouvelle. Il y avait cette surprise qui avait masqué ses traits. Surprise. Étymologiquement, troubler l'esprit. L'éclat de ses yeux, empreint d'une tendresse infinie traduisait la valeur de cette surprise-ci. Elle fut reçu comme un véritable don, un cadeau, comme quelque chose de beau sur lequel on ne pourrait mettre de mots. Ce fut l'impression, non, le profond sentiments que trahissaient ses lèvres, si gentiment étirées par un sourire superbe, heureux. Alors, cet être lumineux dont l'image rayonnante avait été capturé par le regard de ce triste humain, s'excusa dans toute la candeur et la beauté singulière qu'un être divin aurait pu lui envier. Ses paroles, précieusement recueillies, changèrent la posture du lycéen. Sa colonne vertébrale se rétracta légèrement alors que son visage se baissait et que son regard entamait une inspection : c'est vrai, il était vraiment sale. Mais lamentable aussi. Des mouvements vifs exécutés par ses mains tentèrent de le débarbouiller, de remettre ses vêtements correctement et d'arranger sa tignasse bleue avec un raclement de gorge maladroit.

« Oh, merci. Ne t'en fais pas, ce n'était pas douloureux, tu es très délicate, contrairement aux infirmière de l’hôpital. » fit-il d'un rire moqueur mais toutefois craintif, comme apeuré que ces dernières ne déboulent pour en découdre.

Ses yeux, fidèles reflets des méandres de son âme traduisirent une certaine surprise. Le tact dont il avait fait preuve était le signe parfait d'une véritable familiarité éclipsée de la scène par une étrange et superbe complicité. Une impression de déjà vu peut-être, un sentiment de réconfort sûrement. Et pourtant, la jeune fille avait raison : ils étaient de parfaits inconnus et son papa n'avait pas tort, les inconnus étaient dangereux. Ça a commencé par des picotements, puis des fourmis. Alors le temps s'est arrêté, j'étais pas sûr, je trouvais ça triste et mélancolique. Ça s'est figé dans une explosion de paradoxes vivants, c'était bruyant et sourd à la fois, tragique et comique mais qu'est-ce que c'était beau. J'aimerais pouvoir le décrire dans une justesse parfaite mais les mots n'ont aucune valeur, ils sont bien dérisoires et ne retranscriraient qu'un ridicule moment de symbiose. Inexpressif, probablement dans un océan de pensées qui le dépassaient, ses gestes machinales traduisaient quelques fois son incapacité à s'expliquer la situation.

La rosée, complètement dissipée, laissa derrière elle un singulier tableau, vacillant entre l'image d'une terre abreuvée et celle d'une terre toujours plus exigeante, toujours plus assoiffée. C'était un étrange paradoxe, une peinture mal faite, un peu loufoque, un peu abîmée, un peu dégarnie par les années, c'était une jolie réalité. Simple, imparfaite mais superbe. Et au centre, deux héros se faisaient face. Antonymes et synonymes, opposés et complémentaires. Ce n'était pas leur présence, une condition particulièrement extraordinaire qui rendait leurs deux mondes plus beau mais bien ce qu'ils en faisaient. A la manière de deux peintres épris de couleurs aux pigments encore insoupçonnés, ils façonnaient cette réalité, bien souvent trop fade.

« Pearl… souffla-t-il lentement alors que ses doigts se refermaient lentement sur ses paumes. Je suis Sahïne, c'est un prénom bizarre. Spécial ? J'aimerais bien l'être. Je suis juste un humain qui… Je suis… un humain. Es-tu… humaine, toi ? »


[HRP: Yaay je suis totalement in love with ce rp *^*]
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MessageSujet: Re: Ton regard infernal et divin, verse confusément le bienfait et le crime [PV mon étwuale ♥]   Mar 22 Mar - 14:06

J'ai un peu l'impression de perdre pied, de m'envoler, d'aller ailleurs. En réalité, c'est plutôt ça, mon esprit est déjà terriblement loin. Il a fuit ma tête, pour aller rêvasser contre la chaleur du soleil, une chaleur qu'il aurait pu trouver plus saisissante encore dans le sourire du jeune homme auquel je fais fasse, s'il avait bien voulu le voir comme je le vois. Il me sourit, avant de passer ses mains sur les tâches de boues encore présentes. Il tente de s'en débarrasser, de se débarbouiller un peu, mais même ainsi, je ne peux pas le trouver repoussant. Il ne l'est pas, de toutes façons. Ses yeux, que j'ose à peine regarder désormais, sont si étranges, si singuliers, marqués de sentiments tout mêlés, entrelacés. Et son visage, lorsqu'il sourit enfin, colore tout mon monde. Comment ai-je fais pour dessiner jusque là ? Je ne connaissais pas vraiment toute la beauté des couleurs nouvelles qu'il m'apporte, qu'il me fait découvrir, qu'il me glisse comme un cadeau que l'on ne souhaite montrer à personne, qui se dévoile derrière les rideaux, à l'abris des regards. Et, hors du temps, hors de la logique d'une société précipitée, nous ouvrons ensemble le paquet de cet amas de couleurs, lentement, sans savoir encore quoi en faire, le coeur battant. Peut-être refaire son monde, le mien, un monde, notre monde, quelque part, entre deux regards hésitants, entre de petits sourires, parfois de plus grands, plus assurés.

« Oh, merci. Ne t'en fais pas, ce n'était pas douloureux, tu es très délicate, contrairement aux infirmière de l’hôpital.»

Ses mots, bien qu'ils n'aient rien de particulier, ricochent encore dans mes oreilles, se répétant presque pour me laisser les cueillir. Juste le son de sa voix me va ainsi, avec toute l'émotion qu'elle veut bien porter jusqu'à moi. J'arrive à entendre, dans ses paroles, qu'il est aussi gêné que moi, ce qui ne fait d'ailleurs que rajouter à ce sentiment qui me berce, qui me tient si tranquille. Comme sous l'emprise d'une caresse maternelle, laquelle m'a toujours été inconnue, je reste là, encore et encore, à le regarder furtivement, à la volée, sans savoir si j'ai le droit de le regarder plus longuement, de profiter de ce moment intemporel que nous partageons, sans que personne n'en sache rien. J'ose reprendre de l'observer, de l'admirer, mes yeux vissés sur sa présence. Il finira par partir. Et je resterais là, avec ce précieux souvenir tout pour moi, sans savoir ce qu'il a pensé de cette rencontre si spectaculaire. Je devrais encore m'inquiéter, et je m'inquiète d'ailleurs, mais une part de mon esprit est plongée profondément dans le coton, maintenue en apesanteur par cette scène aux allures de romances shakespearienne, alors que la rosée du matin semblait, tout en simplicité, faire fondre toute la lourdeur des sentiments négatifs. Elle lavait tout sur son passage, ne laissant plus que quelques tâches éparses, çà et là, pour rappeler que la vie est ainsi, farfelue, imprévisible, toujours intacte dans sa nature érodée.

Je baisse un peu la tête, torturant mes doigts entre eux, sans savoir quoi dire. C'est mon rôle, d'être délicate. C'est mon rôle... d'être là. Malgré d'avoir la tête baissée, peut-être même justement pour ça, je m'autorise un léger sourire timide, colorant doucement mes pommettes d'une nouvelle couleur encore, s'ajoutant à ce tableau si tranquille et pourtant aux détails si vifs, si difficiles à saisir réellement. Rien ne bouge, presque tout autour semble sommeiller encore doucement, comme plongé dans une idyllique torpeur, et pourtant il y a tant à dire de cet instant tout bonnement magique, presque irréel. Et pourtant, je suis éveillée. Mes yeux, ouverts, observent le sol, détaillant les marques légères de mes pas dans l'espèce de mélange de terre et de sable des chemins du parc. Plus jamais je ne pourrais venir ici sans penser à lui, à cette impression de revenir comme "à la maison". A nouveau, me tirant hors de mes pensées, de ma contemplation, d'un battement de cils parfait, je redresse la tête, sa voix glissant à mes oreilles comme tant de douceur :

« Pearl… Je suis Sahïne, c'est un prénom bizarre. Spécial ? J'aimerais bien l'être. Je suis juste un humain qui… Je suis… un humain. Es-tu… humaine, toi ?»

Sahïne... Je le répète, doucement, si discrètement, comme pour le laisser déborder du bout de mes lèvres. Je veux le mémoriser, m'en souvenir, le garder, je ne voudrais pas un jour le retrouver et ne plus savoir comment l'appeler. Non, ce serait abominable, ce serait une catastrophe. Et, ses mots continuant à affluer, je me retrouve figée, tétanisée. Quelque chose, en mon coeur, se secoue. Il y a cet oiseau, qui piaille, qui me passe un message trop clair, m'invitant sur une falaise, quelque part trop abrupte pour ma frêle réalité. Des images, par flash, me reviennent. Mes paupières sont ouvertes, soulevées, mais à chaque battement de celles-ci, je revois cette chute, cette descente aux enfers. Je pourrais m'estimer heureuse, rassurée, je l'ai enfin trouvé, mais quelque chose cloche. Le sentiment dont émane ces souvenirs est pesant, oppressant, lourd à porter pour moi seule. Non. Je ne suis pas humaine. Papa m'a menti. Je baisse à nouveau la tête, dans un triste sourire cette fois-ci. Il a certainement voulu me protéger. Mais me voilà face à ce mur, sans savoir comment l'escalader, comment le franchir pour rejoindre à nouveau Sahïne qui m'attend certainement de l'autre côté. Je n'en ai pas la force, sur l'instant, pour moi-même. Mais je dois l'avoir pour lui. Je redresse la tête, reprenant de sourire de tout mon courage, de toutes cette force invisible que je presse contre ma cage thoracique dans un mouvement désespéré.

« H-Hum. Non. M-moi, je suis une étoile. »

Je baisse à nouveau un peu la tête, la redressant encore presque aussitôt. Si je regarde le sol, je vais pleurer. Alors je le regarde, pour me donner cette détermination à toute épreuve qu'il va me falloir. Je ne peux pas simplement m'apitoyer sur mon sort. Combien d'étoiles ont eu cette révélation, à la découverte de leur âme liée ? Je dois résister. Papa n'aura pas besoin d'une explication. Je continuerais à vivre comme tout le monde, à la seule différence que j'aurais une raison, plus que quiconque, de veiller sur Sahïne. Je fais confiance à papa, à ses paroles, et bien qu'elles soient mises en doute, je ne ferais jamais que suivre le courant. Sa vérité est ma vérité, tant que je peux me le faire croire, tant que je peux continuer à la voir ainsi. Ma tête est confuse, mon esprit embrouillé, mais tout ira bien. Il est avec moi. Avec mon pauvre petit courage, rapiécé à la va-vite, pour que la blessure ne saigne plus, pour que mon énergie reste, je lui souris encore, plus naturellement. Je crois en papa, et je crois en lui. Si je suis une étoile, et j'en suis une, alors c'est une bénédiction. Je vais pouvoir les protéger, veiller à leur bonheur. Je sais désormais pourquoi je suis si étrange, pourquoi j'ai cette capacité, cette sorte de pouvoir qui brise tout. Je sais désormais, plus que jamais, que je ne dois pas oublier.

« J-je... je suis ton étoile. Je suis tombée du ciel pour te trouver. Alors, même si les gens te voient comme n'importe qui d'autre, pour moi... p-pour moi tu es spécial, Sahïne. »

Je dois paraître terriblement étrange... Mais je dois le dire, après tout. Je ne peux pas simplement passer ma route, tout fuir, tout nier. Je sais que papa va être blessé, je sais que s'il apprenait ce que je sais désormais, il se sentirait terriblement mal. Mais je ne suis personne pour claquer la porte et laisser Sahïne ici, seul, sans son étoile. C'est mon destin, d'être à ses côtés, de le soigner, de le couvrir, de le protéger, de l'écouter. C'est mon destin, à tout jamais, jusqu'à nos souffles s'arrêtent, jusqu'à ce que nos coeur s'apaisent à tout jamais, d'assumer ce rôle. Et pourtant, pour moi aussi, c'est une drôle de découverte, c'est soudain, lourd comme du plomb, sorti de nulle part. Pour moi aussi, c'est une façon imprévue de refaire ma vie, mon univers, une obligation douce, sans parole, à lui ouvrir la porte de mon existence, pour m'assurer que la sienne soit aussi douce. Je me ferais soie, je m'improviserais miel à mon tour. Je ris, un peu nerveusement, me saisissant de longues mèches de mes cheveux blonds pour me cacher un peu derrière, me sentant rougir à nouveau. C'est terriblement embarrassant, de penser à lui de cette façon, comme si je l'avais toujours connu.

« C-C'est tout nouveau pour moi. M-mais pour toi aussi je suppose !, un peu surprise que ma voix soit devenue si claire, je baisse à nouveau la tête. J-j'aimerais bien, être ton hirondelle... M-même si je ne suis encore qu'un oisillon. »

#999999 words
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MessageSujet: Re: Ton regard infernal et divin, verse confusément le bienfait et le crime [PV mon étwuale ♥]   Mer 23 Mar - 18:37

Un enfant aux cheveux brun était assis sur une chaise bordant le toit d'un immeuble dégarni. Son visage aux traits si paisibles embrassait les cieux avec une adoration à la pureté incontestable et son dos parfaitement droit semblait le pousser à se jeter dans les bras de cette nuit étoilée. Une nuit superbe, véritablement. Alors que la chaleur ambiante de l'été embaumait la ville d'un air doux, écartant la pollution d'un léger geste de main, la nuit paraissait plus clair et les étoiles plus vives que jamais. Le jeune garçon, ébloui par ces lumières lointaines, semblait se perdre dans le cours de la nuit alors qu'un sourire candide se glissait sur ses lèvres. C'était un merveilleux contraste avec le bruit causé par les transports, les cris aussi et les pleurs des chats sauvages, se disputant des morceaux de poissons près des poubelles renversées. Et pourtant, sur ce toit, régnait le calme comme si une bulle transparente l'avait englobé, protégeait et chérie. Mais la douceur de moment unique céda sous un vulgaire coup de porte. Brusquement ouverte par de grandes mains avides de violence, elle s'était ouverte et avait brisé cette jolie bulle dans un vacarme strident. Un homme à la silhouette malade, creusée, affamée, titubante, sèche avait fait sa terrible entrée. En position de prédateur, il avançait lentement vers sa proie avec autant de férocité qu'un fauve affamé. Empoignant don épaule d'une étreinte peu enviable, il se baissa à sa hauteur, le mettant au supplice d'une haleine alcoolisée. Une main serrant ses lèvres, l'adulte se cambra de douleur et ne put soumettre son foi à ses désirs plus longtemps : il vomit. Une partie se déversa sur son fils qui, habitué, n'eut pour seule préoccupation que le bien être de son paternel. Le garçon l'aida à s'asseoir, lui faisant don de sa place. Alors, il s'assit à même le sol poussiéreux tout en s'appuyant contre la chaise. Son visage n'était l'expression que d'un vide absolu, comme si ce qui l'entourait ne le touchait plus. Magie enfantine partie en éclats, son regard n'était plus qu'un triste cimetière dont la Mort même n'aurait pas voulu.

« Papa, est-ce que j'aurai une étoile, moi aussi ? A l'école, ils disent que les humains sont liés à des étoiles mais c'est un peu bizarre, non ?
—Tu n'es plus un gamin, arrête de croire toutes les conneries qu'on te dit. Et puis, qui t'es pour rêver, hein ? Même si ces choses existaient, tu crois que l'une d'entre elles te choisirait, toi ? Un petit merdeux pleurnichard, une raclure en devenir ? N'oublie jamais ce que tu es et ce que tu nous as fait, Sheïtan.
—Oui, c'est vrai… Pardon.
—Toujours en train de me faire culpabiliser… Monstre. »

Dans le calme de la nuit, dans une solitude profonde, un bruit sourd éclata, transperça le ciel et déroba la chaude atmosphère de l'été, réduisant cette jolie bulle de bonheur en un véritable enfer. Dans le calme de la nuit, un coup partit, puis deux, puis trois, puis il arrêta de compter parce que ça faisait trop mal.


Le regard de Sahïne se perdait dans une contemplation absolue de l'être qui lui faisait face. Elle était d'autant plus précieuse maintenant qu'il savait ce qu'elle était. Une merveille descendue du ciel pour raviver la lumière de ce joli monde en perdition. Il déglutit. Jolie pomme d'Adam formant une douce vague nichée au cœur de son cou, le garçon semblait tendu. Ces deux mondes, si distinctement opposés comme de merveilleux oxymores, était-il sage de les mélanger ? Corrompre l'un pour sauver l'autre ? Le jeune homme posa une main tremblante sur son abdomen en plissant légèrement les yeux si bien qu'on eut l'impression que la peur lui tenait littéralement le ventre. Et le cadre idyllique devint un peu plus sombre, les coulèrent virent leurs pigments aux couleurs si claires et si nettes devenir un peu plus sombres, mais flous aussi. Ses pieds se terrèrent un peu plus dans le sol alors que son visage fourni de petites cicatrices se baissait.

« J'ai une étoile, moi ? Je pense que tu tes trompes, Pearl, je ne peux pas avoir d'étoile. C'est étrange, non ? Je te vois comme une personne spécial, moi aussi mais… C'est impossible pour moi d'avoir une étoile, ça ne colle pas avec ce que je suis. Je ne mérite pas cette chance. »

Il colla sa main droit contre ses lèvres qui se déformaient en une grimace de douleur, continuant de serrer son abdomen, avec plus de dureté cette fois. Il empoigna le tissus avec la sauvagerie d'un animal effrayé. Les bleus le faisaient probablement souffrir, pourtant, ils n'étaient certainement pas la cause de son malheur actuel étant donné qu'il avait d'ores et déjà été capable de les supporter toute la nuit. Son regard se perdait dans un vide profond. Les battements de son cœur, irréguliers, vacillants, ne parvenaient à se stabiliser. Son corps aussi détraqué que celui d'un malade était le témoignage d'une angoisse saisissante. Et comme si de terribles images lui revenaient en mémoire, il se tenait le crâne, le serrant abominablement, prêt à le faire sauter. Pendant un instant, j'avais oublié ce que j'étais.
Mais alors, il parvint à se stopper. Les spasmes de douleur se dissipèrent alors que lui parvenaient les douces paroles de la jeune fille. Et le ciel s'éclaircit encore davantage, laissant un soleil radieux l'envahir, le sublimer de sa beauté et de sa lumière. Redressant la tête, son visage faisant à nouveau face à Pearl, il s'abreuva de ses paroles comme un homme assoiffé se serait gorgé d'eau. Sa mimique se mouva en un air rassuré alors que sa main relâcha le tissus de manteau et se logea allègrement sur la joue de celle qui lui paraissait éblouissante de par sa simple présence. Ce geste était doux et avait pour effet de lui rendre le sourire. Ce n'était pas un simple sourire. Quiconque l'aurait vu eut pensé qu'il s'agissait d'un nouveau né émerveillé qui découvrait le monde. Et c'était sûrement vrai puisque ces deux mondes avaient donné naissance à un monde plus beau, plus coloré.

« Mon hirondelle… J'aimerais, vraiment. Mais, Pearl, tu penses que quelqu'un comme moi peut en avoir une, peut avoir cette chance ? Et même si c'était vrai, mon monde finira pas te salir, te faire du mal et t'engloutir. Cette crasse, toute cette boue, tout ce sang, c'est ce que je suis, c'est ma vie. Elle est bancale et pas très jolie. Je ne pourrai pas te dire pourquoi je fais tout ce que je fais, personne ne doit le savoir, pas même toi. Est-ce que tu supporterais tous mes mensonges, mes manies agaçantes, surfaites et faussement niaises aussi ? Ce serait beau, louable de ta part, mais fou, sans aucun doute. »

L'éclat de ses yeux rayonnait alors que le soleil rendait ses iris plus clairs, plus éclatantes et frappantes encore. Son visage, embrassait par un véritable halo ne paraissait que plus clair et fin et quant à ses lèvres, leur couleur violacée contrastait avec sa peau mais leur forme affichait un sourire franc qui ne faisait que les sublimer, leur donner un aspect plus poétique encore. Ses paroles, d'après ses joues mises à l'épreuve de la torture par ses crocs, avaient dépassé ses pensées et s'étaient abandonnées à un lyrisme que son esprit tourmenté n'avait su maîtrisé. Mais quand bien même, le garçon souriait. Après tout, il y avait cette jeune fille merveilleuse en face de lui.

[HRP: Ouh j'ai failli me laisser emporter par une envolée de lyrisme D8 Bref, ce rp c'est juste *-* JE LES AIME. OMG. ♥]
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MessageSujet: Re: Ton regard infernal et divin, verse confusément le bienfait et le crime [PV mon étwuale ♥]   Mer 23 Mar - 21:36

Mon monde, comme le sien, tremble. Mon morceau de terre, mon morceau d'Eden, tombe en morceaux, m'imposant la vision de ces territoires paisibles qui se fissurent, se fendillent sous la pression d'une vérité que je n'ai jamais même rien qu'imaginer. Je suis une étoile. Et je suis tombée du ciel pour Sahïne, pour lui et lui seul. Mais cette révélation remet en question tant de choses que, l'un comme l'autre, nous ne savons pas par quelle bout la saisir, comment la tenir. Sommes-nous assez matures, assez sages, sommez-nous assez solides ? Tout comme il détient ma vie entre ses doigts, la sienne repose entre les miens, sans qu'il ne le sache peut-être. Encore une secousse, à l'intérieur de ma cage thoracique. C'est cet oiseau qui se jette contre ses barreaux, qui tente d'échapper à ce sentiment qui me donne envie de faire marche-arrière, de tout laisser s'en aller, de tout laisser se fondre dans cet instant. Je suis lâche, et j'ai peur. Peur de ne faire que lui forcer la main, peur de rien pouvoir faire pour l'aider, pour veiller sur lui. Qui suis-je, quels moyens ai-je, pour faire tout ça ? Lui aussi se déchire de l'intérieur, comme soudainement exposé à une lumière nouvelle. Le rideau tombe. Et nous sommes là, seuls, comme mis à nus, face à nos propres sentiments, à nos propres peurs, nos appréhensions. Rien n'est simple, tout, subitement, est devenu si sérieux. La situation, jusque là, baignait dans une aura d'irréalité. Mais cette aura évaporé, il ne nous reste plus rien pour nous illusionner.

Je le regarde, avec le sentiment d'avoir tout brisé. J'aurais dû garder le silence, ne rien dire de ce sentiment, le laisser repartir comme il était venu, enroulé dans son drapé de velours, de soie, dans sa cape aux milles couleurs, aux milliards de teintes. Je l'ai réduit à cet état, cet état qui le secoue, qui le trouble, qui le perd. Et, impuissante, je ne peux plus faire que le regarder s'effondrer. Les larmes, lourdes, nombreuses, montent à mes yeux. S'il te plais, dépêche-toi, viens dans mon monde. Viens vite en sécurité, avant qu'il ne soit trop tard. Avant que nous ne soyons à nouveau plus personne l'un pour l'autre, jamais plus que deux inconnus dont les routes, comme elles se sont croisées, se sont séparées. Je ne peux pas tendre la main, je ne peux pas bouger. Mon corps, comme ayant prit le pouvoir, me garde immobile, me garde figée. Et pourtant, à l'intérieur de moi, alors que tout, tout autour, s'effondre, s'effrite, je ne souhaite que le ramener, que le sortir de la gravité de son visage, de la confusion qui marque son expression égarée. Mais comment puis-je faire ça ? Comment suis censé faire ça ? Sa voix, encore, clairon sonnant la charge, la lancée à la bataille, glisse encore à mes oreilles, s'y glissant comme avec une violence dissimulée :

« J'ai une étoile, moi ? Je pense que tu te trompes, Pearl, je ne peux pas avoir d'étoile. C'est étrange, non ? Je te vois comme une personne spéciale, moi aussi mais… C'est impossible pour moi d'avoir une étoile, ça ne colle pas avec ce que je suis. Je ne mérite pas cette chance.»

Encore, encore et encore, le temps, suspendu, n'arrête pas cette destruction. Il n'a pas le droit de dire ça. Il n'a pas le droit de chercher à se convaincre de ce mensonge. Je le lis dans ses yeux, je l'y vois, recroquevillé, à chercher à fuir la lumière, à se répéter être le coupable et la victime d'une force invisible. Mais moi, je ne le laisserais pas faire. Je ne le laisserais pas se détruire, se mutiler de cette façon si imperceptible que, certainement, personne ne l'a encore vu, cacher derrière son sourire, cacher derrière son attitude à la fois confiante et mal assurée. Tremblante, luttant à mon tour contre mon propre poids, la gorge serrée, je ne fais pas le moindre pas. Mais je remonte un peu une main, la tendant si discrètement vers lui. Je ne peux pas l'atteindre... Mais il le faut. Tant que je le peux encore. Comme un dessin à la craie sur un tableau noir, il allait finir par s'effacer, par ne plus être qu'un vague souvenir, qu'une idée se baladant parmi tant d'autres. Je ne peux pas laisser faire ça. Mais mon corps, toujours, me désobéit, s'oppose à l'esprit que je veux paré d'une armure pour plonger à la rescousse de ce jeune homme. Il se tient la tête, après s'être tenu le ventre. Le mal, il vient de l'intérieur. Il le ronge, il demeure dans ses souvenirs, il y murmure des mots cruels, des mots assassins, courant dans son psyché comme un poison latent.

Cependant, mes mots semblent le résonner. Ils font écho dans mon propre crâne, se répétant comme une sorte de promesse, comme un serment. Et, enfin, il redresse son visage vers le mien. Les larmes, trop lourdes pour être garder, débordent de mes yeux, se bousculent, roulent le long de mes joues, y laissant, comme des simples mirages, d'étirés sillons salés. Sa main, lentement, se lève. Et, sans la moindre crainte, je l'accueille, l'accepte, contre ma joue. Et c'est enfin la délivrance. Ce poids, cette terreur, s'évanouissent comme neige fondrait au soleil, ne laissant derrière eux que plus de larmes encore. Mais ce ne sont plus des larmes de douleur, non, ce sont des larmes, des pleurs de soulagement, de bonheur. Son simple contact m'a emmenée loin, dans ce nouveau monde, celui qui a recueilli toutes les couleurs s'étant enfuient des nôtres. Il brille de milles feux, comme un phœnix renaîtrait de ses cendres, me parait plus beau encore à chaque battement de mon coeur, à chaque fois que celui-ci frappe, répondant au rythme du chant d'un oiseau enfin libéré. Je ne connais plus ni cage, ni brouhaha. Dans ce monde, ce monde si paisible, ses mots coulent comme tant de rivières aux mélodies précieuses, ses sourires donnent la force à notre Soleil de briller plus fort encore, sans jamais aucune malveillance, toujours afin de nous maintenir baignant dans cette chaleur bienheureuse. Non, je ne reculerais pas. Je tiendrais bon, comme le jonc plie mais ne se brise jamais, quoi qu'il advienne. Car s'il n'est pas dans ce monde avec moi, je ne veux pas y trouver le repos. Sans arme, sans plus aucune autre armure que ma bonne volonté, je replonge dans ce combat, dans cette bataille où il n'y a jamais que des murmures à s'affronter. Lui-même, il n'y croit plus. Lui aussi, il l'a vu, il l'a ressenti, ce sentiment si unique.

« Mon hirondelle… J'aimerais, vraiment. Mais, Pearl, tu penses que quelqu'un comme moi peut en avoir une, peut avoir cette chance ? Et même si c'était vrai, mon monde finira pas te salir, te faire du mal et t'engloutir. Cette crasse, toute cette boue, tout ce sang, c'est ce que je suis, c'est ma vie. Elle est bancale et pas très jolie. Je ne pourrai pas te dire pourquoi je fais tout ce que je fais, personne ne doit le savoir, pas même toi. Est-ce que tu supporterais tous mes mensonges, mes manies agaçantes, surfaites et faussement niaises aussi ? Ce serait beau, louable de ta part, mais fou, sans aucun doute.»

Ces murmures, tentant de parasiter ma décision, ne sont plus pour moi qu'un si lointain bruit de fond. Je l'observe, l'admire comme je l'ai toujours admiré depuis notre rencontre, depuis la première seconde, avec cet amour débordant. Il est blessé, au-delà de son reflet, comme une vitre fissurée depuis l'intérieur. Mais, ainsi, il est réel, proche, il existe. Et c'est bien tout ce que je souhaite savoir, tout ce que je souhaite préserver. Je réponds à son sourire, à son regard, plongeant mes yeux au coeur des siens. Je veux qu'il y lise, qu'il y voit, que je ne laisserais pas tomber. En regroupant mon courage, si peu de courage grâce à l'envie que j'ai de garder son contact, cette chaleur qui me tient si assurée, paisible comme un nourrisson à peine éveillé, à peine tiré de ses doux rêves, je viens poser mes mains contre la main qu'il garde sur ma joue. Je ne veux pas que lui non plus s'enfuit. Je ne pourrais pas le sauver, pas le guérir, s'il fuit loin de moi. Je frotte légèrement ma joue contre sa paume, laissant libre court aux larmes heureuses, mes lèvres effleurant parfois si subtilement, si discrètement, sa peau.

« J-je n'ai pas peur, Sahïne. Tant que tu seras avec moi, j-je n'aurais pas peur. E-Et peu importe où ton coeur et tes pensées se perdront, je serais là pour te secourir si tu es en danger. Je... Je vais devenir cette hirondelle, ton hirondelle, j'y mettrais toute ma force. Je la trouverais dans chaque regard que tu m'offriras, dans chaque mot que tu m'adresseras. »

Ce fil, sur lequel j'avais si maladroitement tiré, je le regardais, au milieu des méandres de mes pensées. Je ne le lâcherais jamais. Captif et pourtant toujours si libre entre mes doigts, je le longeais, le laissait me guider jusqu'à lui, pas après pas. Je prendrais l'éternité entière s'il le fallait, le temps ne serait jamais trop long, trop lent. Tout ce que je voulais, c'est savoir qu'il allait bien. Tout ce que je voulais, c'était continuer à savoir qu'il existait, où qu'il soit, qu'il respirait, souriait, riait, qu'il ressentait encore toutes ces émotions si confuses mais joyeuses, douces, divines. Comme plongée sous l'eau, je m'isole encore des bruits aux alentours. Tout me parait sourd, lourd, comme ralenti. La torpeur, de laquelle nous nous réveillons encore si difficilement, me donne cette puissance, cette liberté de n'avoir aucunement peur, aucun regret, peu importe les mots, tant qu'ils sont francs, qui quittent mes lèvres pour papillonner jusqu'à ses oreilles.

« Je ne te demande rien, tu n'as rien à me donner. Je veux juste... Je veux juste que tu existes, que tu vives, que tu sois heureux. J-je ne peux pas l'expliquer mais... mais je veux simplement que tu respires. »

Peut-être veut-il oublier ? Peut-être veut-il fuir ? Je ferme les yeux, un moment. Si je dois être la seule à combattre, la seule à porter ce poids, je le ferais. Je ne connais rien de sa vie, rien de plus que ce que ses expressions ont bien voulu me dire, me communiquer, me faire parvenir. Et je m'y impose, je m'y pose comme un oiseau blessé profitant le ciel, l'azur, un horizon toujours repoussé, à un oiseau aussi somptueux que l'humain pour lequel je suis tombé du firmament. De nous deux, je suis celle qui est souillée, celle qui massacre une nature, une essence, je suis celle qui viole ces barricades, qui, sans question, écrase la réalité, le quotidien d'un autre. Je r-ouvre les yeux, si lentement, si faiblement. Je ne veux pas le lui dire, je voudrais que, comme moi, il se souvienne, je voudrais qu'il me retienne, qu'il ressente ce que je ressens déjà, tout ce qui m'agite, me fait tanguer comme un bateau en plein orage. Mais je n'ai pas le droit de lui faire ça, de le coincer ainsi, afin de ne pas être seule. Je peux lui offrir sa délivrance. Je peux l'alléger, tout plonger dans le noir. Et, dans un sourire si douloureux, les lèvres pincées, je laisse les larmes reprendre leur chute sempiternelle.

« Sahïne, je... J-j'ai un pouvoir. Je peux effacer la mémoire. S-si tu me le demandes, je peux tout te faire oublier, te donner de revenir à cette vie avant même que tu ne me vois pour la première fois. M-mais si tu me le demandes, s'il te plais, avant, j'aimerais te dire que... q-que t'avoir rencontré, enfin, aura fait de moi l-l'étoile la plus heureuse qui soit. J-je t'ai enfin, enfin rencontré... A-Alors si tu le souhaites, j-je peux disparaître sans regrets. »

#999999 words
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MessageSujet: Re: Ton regard infernal et divin, verse confusément le bienfait et le crime [PV mon étwuale ♥]   Ven 8 Avr - 10:15

Ô long fleuve, toi jusqu'ici si paisible, j'ai détruit ta quiétude, je l'ai broyé comme je le fais avec toute chose. Ma peau, arme meurtrière t'a lentement empoisonné comme tes douces effluves l'ont fait avec moi, me rendant tristement dépendant de ton dessein. Ô long fleuve, je ne veux plus jamais te voir empiéter ce si beau visage. Je te libérerai et te ferai oublier en espérant ne plus jamais te croiser. Des sillons décolorés se traçaient lentement et de façon imprécise sur les joues de la jeune fille. Elles donnaient cet air plein de candeur et ce caractère angélique à son visage aux proportions indéniablement parfaites. Et, comme ébahi par ce spectacle divin et désolant, le garçon voyait son propre visage se décomposer dans le reflet de ces eaux infinies. Son pouls s'accélérait, prêt à céder, voulant définitivement le faire plier, le faire sombrer dans une folie un peu plus saisissante. Sa cage thoracique se contractait à chaque expiration, son cœur remuant immodérément, comme un homme dont la soif de liberté ne pourrait être étanchée par ce qu'il y avait de l'autre côté de son abîme de plomb. Les ombres dansantes des arbres venaient se confondre dans ce paysage intérieur, comblant son aspect maussade avec des formes étranges et imparfaites. Alors que ces ombres donnaient un air grave et moins distinct à son visage, Sahïne, la main toujours soigneusement appliquée sur le visage de cet astre, dont la lumière si pure l'éclairait tendrement, sentait ce même membre trembler de façon incontrôlable. Et à en voir l'étrange mimique qui se confondait dans ses traits, l'on eut dit que son corps prenait peu à peu le contrôle de son être. Sa main, avec une douceur inédite, se cala un peu plus contre la joue de Pearl, cherchant même à se réfugier dans l'angle de son cou, ses doigts l'effleurant avec finesse alors que la paume même du garçon sentait parfois la douceur de ses lèvres se glisser contre sa peau. Et la quiétude qui donnait cet air si assuré au garçon était le parfait témoin d'un bien-être profond lié à ce contact si particulier, si rassurant. Alors, les tremblements disparurent, comme s'il n'avait plus peur de l'abîmer, comme s'il acceptait enfin de la toucher véritablement, comme si la communion de leurs deux âmes n'était plus à remettre en question, se révélant désormais la messagère d'une véritable évidence, d'un réel besoin. Une main mal assurée se glissa dans ses cheveux aux pigments bleus qui n'avaient rien à envier au ciel alors qu'un sourire sincère prenait à nouveau possession de ses lèvres et qu'une gêne apparente marquait ses joues de manière enfantine.

« Je te demande pardon, vraiment. Je n'avais tout simplement pas pensé que mon ressenti actuel serait partagé. Cette volonté que tu as de me protéger, je l'ai aussi… Mais c'est tellement étrange et nouveau que je ne pensais pas... Pardon. Je peux te confier quelque chose ? Je ne l'ai jamais dit à qui que ce soit jusqu'ici. Peu importe qui m'approche, il finit rongé par des tourments monstrueux et des vices encore méconnus. Je détruis tout ce que je touche, je suis comme… Le mal, je crois. On est tenté de s'en approcher mais une fois trop près, on finit par s'y abandonner pour finir à la façon d'une carcasse délaissée par ses assaillants. Alors, tu sais, j'ai peur que tu ne t'approches trop près de moi. »

Corrompre un être de lumière pour un bonheur absolument égoïste, n'était-ce pas purement condamnable ? Le temps se perdait, se confondait et le paysage, mué en véritable havre de paix, voyait défiler atmosphères fantaisistes et apaisantes, évoluant lentement et progressivement vers une perfection irrationnelle à la manière dont une chenille aux proportions imparfaites serait parvenue à atteindre le cycle ultime, se parant des plus belles ailes qu'il eut été donné de voir. Quant à la rencontre de ces deux êtres, véritable poésie, elle ne faisait que rendre ce cadre plus idyllique, plus fantastique encore. Les pommettes à la peau délicate se vêtirent d'un bel habit coloré alors que les lèvres du garçon tremblaient, mais d'une façon différente cette fois. Il ne s'agissait plus du froid mais à la courbe de ses yeux, on lisait une irrépressible envie de crier. De joie sans aucun soute. Alors son regard rieur, insouciant s'équipa de la plus belle parure : un sourire sincère aux senteurs de joie inégalée. Tout est vrai ? Ou est-ce que j'invente, je deviens fou ? Est-ce que c'est ça la folie ? Si c'est bien ça, ce n'est pas si terrible qu'on le dit, si c'est ça, je veux bien en mourir. Je mourrai parcouru d'une frénésie chantante, devant la silhouette imaginée et superbe de cet être si parfait et ma noirceur se confondra avec les détritus. La folie n'est pas un vice, c'est une délivrance. Mais est-ce la folie, est-ce la démence ? Est-ce possible de se sentir si heureux, au dessus des nuées ombrageuses, transcendant ? Son corps semblait se mouver dans une danse de l'eau tant ses gestes étaient parfaits, à la fois défragmentés et unis. L'adolescent d'un pas léger, comme prêt à prendre le large dans des contrés célestes inconnues, s'avança vers cette lueur qui lui était si lointaine et si proche, vers cette étoile éclatante. Ses mains désemparées, perdues dans ce tourbillon d'euphorie parfaite, se laissèrent tenter par l'inconnu, cet Eldorado aux contours si bien dessinés. Elle frôlèrent d'abord les bras de la jeune fille de leurs doigts si délicats puis laissèrent leurs paumes avides de douceur se laisser aller à ce contact apaisant, leur surface caressant à peine ses bras, de peur que leur corruption ne les atteigne. Mais enivrées, totalement transportées, elles se laissèrent finalement tomber jusque dans son dos alors que le garçon s'approchait davantage pour la tenir dans ses bras. Et cette étreinte ne fut qu'explosions de couleurs et saveurs diverses, de beautés et de vices inestimables, incommensurables.

« Je dors sur des bancs publiques, je suis pas toujours très propre, je me bats souvent, je perds souvent aussi, je suis pas non plus très intelligent ni très instruit -j'ai redoublé deux fois !-, même ma famille me trouve stupide, j'ai pas mal de secrets, des coups de névrose, des coups d'euphorie, je suis un fardeau alors si tu veux m'effacer la mémoire, tu peux le faire. Mais moi, dans l'idéal, j'aimerais que ce ne soit pas le cas parce que moi aussi, je veux me souvenir de cet instant, éternellement. J'aimerais chérir cet instant parce que c'est la première fois que je ressens ça puis, c'est aussi la première fois qu'on m'adresse des paroles aussi bienveillantes. »

Papa s'est trompé, pensa-t-il avec une pointe de réjouissance. Je peux avoir une étoile, moi aussi. Je ne suis plus seul, il s'est trompé. Je suis même peut-être moins monstrueux maintenant?Peut-être que même Sheïtan a le droit au pardon. Peut-être qu'il ne m'appellera plus comme ça, qu'il sera fier de moi.Mais lui dirai-je ? Non, il ne doit pas savoir. Il ne sera pas fier de moi, c'est faux. Il ne l'est jamais. Il pourrait lui faire du mal, à elle. Je ne peux pas le permettre. Peut-être que finalement, moi aussi, j'ai le droit de vivre.

Il se perdait dans une contemplation toujours plus profonde et poétique de sa jeune et belle étoile. Il s'enivrait de ses traits finement dessinés, de sa stature en parfait équilibre aux allures de légèreté semblables à celles d'une plume mais aussi dans l'océan agité que lui offrait son regard si communicatif. Et la serrant toujours précieusement dans ses bras, il se noyait dans la mer dorée qu'offrait sa chevelure, laissant ses doigts s'y perdre de temps à autre, avec une certaine pudeur tout de même. Sa maladresse ne faisait qu'attester de son manque d'assurance, de sa peur du contact avec l'altérité mais aussi de son état d'euphorie qu'il tâchait plus ou moins de dissimuler. Alors, son visage empreint de sérénité vira au trouble. Comme frappé par une vérité absolue, il se détacha légèrement de ce contact si apaisant et ses prunelles à la couleur indéfinie se plantèrent dans celles de la jeune étoile alors qu'un air abasourdi flânait sur le visage du garçon.

« Attends… Tu ne devrais pas être en cours ? Fit-il en regardant l'heure sur un portable qui n'en avait même plus l'apparence. Il est… Je suis en retard ! »

Crispé, il paraissait complètement… choqué ? Mais cette appréhension s'envola bien vite pour laisser place à cette quiétude jusqu'ici présente.

« Ah c'est vrai, je suis toujours en retard de toutes façons… Quel imbécile. Enfin, je n'aimerais pas avoir une mauvaise influence sur toi ! Les cours sont très importants, reprit-il avec vivacité alors qu'il se mélangeait dans ses propres discours.Tu dois réussir tes études, ne fais pas comme moi, je suis un très mauvais exemple. D'ailleurs, ta scolarité se passe bien ? ...Mais qu'est-ce que je raconte, c'est pas le moment de divaguer, vite, va en cours, les questions seront pour plus tard…. Je t'accompagne ?…. Je t'accompagne. Non, attends, est-ce que c'est une bonne idée ?... Allons-y ! … Mais si on te voyait avec moi, tu pourrais avoir une mauvaise réputation… Err, je ne sais même plus ce que je dois faire... »

[HRP: HUHU je les aime trop ;w; ♥]
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MessageSujet: Re: Ton regard infernal et divin, verse confusément le bienfait et le crime [PV mon étwuale ♥]   Sam 9 Avr - 1:36



There's not need to worry anymore. We'll be fine starting from here. We'll never be alone anymore. Depuis quand est-ce que je pense si librement, si ouvertement ? Depuis quand suis-je si attachée à quelqu'un que je connais à peine ? Mes pensées s'emmêlent encore, s'amusant à me torturer entre leur nature brouillonne et pourtant parfaitement chorégraphiée. Cette rencontre, je pourrais la lire dans un livre. Je pourrais lui donner encore d'autres airs de romance. Mais je ne dis plus rien, avec le lourd poids sur mon coeur comme un étau de fer l'enserrant d'une poigne sévère. Jamais je ne le dirais. C'est mon histoire, notre histoire juste à nous, ce moment que nous partageons en dehors du temps, ou presque. Je suis égoïste, si partagée, si confuse, si maladroite, mais c'est certainement la faute du vent qui me murmure encore de doux mots, qui fait parvenir toujours à mes oreilles la voix de Sahïne. Juste quelques dizaines de minutes auparavant, j'avais l'impression folle d'avoir été jetée en plein Armageddon, que plus rien ne pourrait me sauver. Et puis il m'a regardé, caressé, ses mots m'ont apaisée. Et, de la découverte, nous sommes passé à l'émerveillement d'une nouvelle rive, d'une nouvelle promesse d'avenir, de bonheur, du doux sifflement d'un rivage nous murmurant être notre oasis, notre zone de répit. Est-ce là l'oeuvre de la providence ? Je n'y crois plus. Il n'y a plus de hasard, dans nos regards. Mais c'est tellement fou, toujours, de se dire que nous étions destinés à nous croiser. C'est presque effrayant, en un sens. Je fais taire ces doutes à l'intérieur de moi, pour serrer tout contre mon coeur ce souvenir gravé de sa main contre ma joue, me gardant sur Terre et dans les nuages à la fois.

Il ne me touche plus comme un morceau de papier froissé que l'on craint de déchirer. Bien que son toucher soit encore faible, encore sensible, encore si préoccupé de mon bien, il s'autorise à le poursuivre, à presque le perdre près de mon cou. Et je sais, à ce moment bien précis, qu'il est unique, spécial. Jamais personne ne m'a touchée de la sorte et, même si mes joues en rougissent, s'en colorent timidement, je n'ai pas envie de reculer, je n'ai pas peur. Le frottement délicat de sa peau contre la mienne, sa chaleur qui irradie jusqu'à moi, tout me tient calme. C'est parce que c'est lui qui me touche, me caresse, c'est parce que c'est son contact qui me fait frissonner si discrètement, glissant encore à mon coeur d'autres belles balades. Certainement sans le savoir, en l'ignorant entièrement, Sahïne est un artiste. Et, comme un musicien sait faire vibrer son instrument, il parvient à me faire produire en mon fort intérieur les plus belles notes de mon existence. Mon coeur, mes pensées, résonnent en-dedans de chansons sans paroles, fredonnées si bas qu'elles en seraient presque comme un secret. C'est certainement le cas. C'est certainement mon secret.

Je le regarde encore, un peu maladroitement, sans trop de confiance en moi. Je dois arrêter d'autant le regarder, je le sais, mais j'en suis incapable. L'on pourrait se dire que, couvert de quelques pansements, les lèvres encore légèrement bleutées, violacées, le jeune homme qui me fait face est sans beauté. Mais ce serait faux. Pour moi, c'est faux. Il a cette beauté qu'ont les pierres que la pluie et le temps ont érodées, leur donnant une forme nouvelle, brute mais précieuse, insoumise mais secrètement civilisée. Il donne l'impression de se balancer dans un autre monde, tout en étant encore en équilibre dans le nôtre, dans celui dans lequel nous avons vu le jour. Il est d'ici, d'ailleurs, il vient de là où le coeur l'en dit, n'est-ce pas ? Ses joues se colorent et, comme un ricochet propage ses ondes, je m'en colore à mon tour, touchée par cette gêne communicative mais si bienheureuse. Je lance mon regard, comme une fuite discrètement, dans le geste de sa main qui s'est glissé dans ses cheveux bleutés. Ils ont un peu en bataille, certainement parce qu'il a dormi sans y prêter attention, mais leur couleur m'hypnotise malgré tout. Il n'y a décidément certainement que lui pour pouvoir avoir une telle couleur de cheveux sans pour autant m'en faire peur. Je retiens un petit rire, un peu amusée. Il ne me fait vraiment plus peur, maintenant, c'est presque magique. Et pourtant, il faut bien se l'avouer, Sahïne a tout l'air d'être un jeune délinquant !

«Je te demande pardon, vraiment. Je n'avais tout simplement pas pensé que mon ressenti actuel serait partagé. Cette volonté que tu as de me protéger, je l'ai aussi… Mais c'est tellement étrange et nouveau que je ne pensais pas... Pardon. Je peux te confier quelque chose ? Je ne l'ai jamais dit à qui que ce soit jusqu'ici. Peu importe qui m'approche, il finit rongé par des tourments monstrueux et des vices encore méconnus. Je détruis tout ce que je touche, je suis comme… Le mal, je crois. On est tenté de s'en approcher mais une fois trop près, on finit par s'y abandonner pour finir à la façon d'une carcasse délaissée par ses assaillants. Alors, tu sais, j'ai peur que tu ne t'approches trop près de moi.»

Encore une autre balade, aux pas précis mais tout écrasés, compressés, m'attrape en plein vol. C'est à en perdre la tête, à s'en dessouder de la réalité. Est-ce que tout ça, c'est seulement vrai, d'ailleurs ? J'ai l'impression de dormir, de pouvoir modeler la moindre respiration, jusqu'aux ombres des branches des arbres qui jouent avec les lueurs du soleil. Mais non, encore une fois, la situation, si délicieusement, m'échappe, me rappelant que je suis vivante, éveillée, et que j'ai le bonheur d'avoir en face de moi quelqu'un qui décide de lui-même de ses réponses. Les violons, de leur côté, s'agitent tous ensemble dans ma tête, lancent des notes comme avec violence, précipitamment, donnant cette énergie singulière au coeur qui est le mien, lui conférant cette force de battre si puissamment. Je me moque d'être tâchée, d'être blessée, je me moque de nager à contre-courant. Je veux moi aussi apprendre à faire partie de son monde, je veux apprendre à le connaître, le découvrir, le déceler. Ma vie a toujours été simple. Papa m'a toujours défendue, protégée. Mais le destin, comme il se plait à le faire, m'éloigne peu à peu d'une raison certaine. Pourtant, c'est sans crainte que je me laisse glisser, couler, dans les mots de celui qui me fait face. Quoi qu'il arrive, je resterais à ses cotés. J'avais cette détermination, cette dévotion, qui m'encourageait à garder le cap. Tant qu'il serait avec moi, tant qu'il voudrait bien de moi, alors tout irait bien.

Je ne prononce pas le moindre mot, l'écoutant simplement. Tout ça, je sais qu'il n'y est pour rien. Il s'est laissé porter par le courant, qui l'a mené en eaux troubles, eaux au bord desquelles nous barbotons comme des enfants. Je trouverais un moyen de le subtiliser au courant si fort, de l'arracher à cette étreinte qui le blesse, pour lui montrer que lui aussi a le droit au bonheur, et que je ferais tout pour qu'il parvienne à le trouver. Je ferme un instant les yeux, lentement, gênée. Pourquoi est-ce que ma poitrine pique ? J'ai l'impression que mon coeur se serre, entame une chute vertigineuse dans mon ventre où il poursuit de battre à tout rompre. Je ne connais pas ce drôle de sentiment qui m'agite. Aujourd'hui, j'en ai l'impression, j'apprends à vivre. Je me glisse hors de mes sentiers battus. Je ferme un peu plus fort les yeux, cherchant à comprendre. Une Lune imaginaire ferait-elle se déchaîner les océans cachés à mes yeux ? J'ai encore envie de pleurer. Pleurer toutes les larmes de mon corps. Mais je ne veux plus l'inquiéter, plus voir son visage me faire parvenir cette expression à laquelle je ne trouve pas de description mais qui me peine. Je vais être courageuse, coûte que coûte. Et je suis sûre que je finirais par comprendre pourquoi j'ai cette si pitoyable envie de pleurer sans cesse, comme une enfant perdue. Est-ce parce que, de moi-même, j'ai lâché la main de papa ? Oui, c'est vrai. Je me suis éloignée de lui. J'ai grandi. Comme une fleur s'ouvrant lentement, en cadence avec les gouttes de rosée, j'allais dévoiler toutes mes couleurs loin de ses yeux, loin de son regard si passionné. Mais c'est cette vie que je viens de choisir. C'est à moi, à mon tour, désormais, de vivre cette vie, de découvrir ses dangers et ses délicatesses, ses assurances. Il va me falloir beaucoup de courage, bien sûr, mais je vais trouver la force de devenir tout ce dont Sahïne a besoin venant de moi. Que ce soit une fleur, une hirondelle, une étoile, c'est à présent mon combat qui se lance, mon avenir qui se joue. Et je suis décidée à l'emmener en sécurité, à nous trouver ce havre de paix. Notre monde est encore si jeune, si vert, à peine des arbres poussent-ils dessus. Il sera certainement dangereux, les premiers temps. Il faudra certainement l'apprivoiser, dompter sa nature folle, nous associer à ces puissances pour apprendre, en apprendre. Mais désormais, je le sais : c'est ça, la vie. Je me le répète sans cesse, à l'intérieur de ma tête toute renversée par les récents événements. Je ne dois pas faillir.

Mais ne suis-je pas trop dure avec moi-même ? L'humain que le destin m'a confié, lourde tâche que celle rien que de le rencontrer, mais bonheur tout aussi impressionnant, se lève. Et, un court instant, ma respiration se coupe. Mon coeur rate un battement. Ah... Je le fixe, un peu prise au dépourvu à nouveau. Il est... Il est vraiment grand ! Ou alors est-ce plutôt moi qui suis petite ? Ou bien les deux, peut-être même ? Quoi qu'il en soit, je lève la tête pour pouvoir continuer de le regarder, me sentant un peu gênée de notre différence de taille. Jusque là, il est rester assit. Et je n'ai pas remarqué sa taille. Mais, maintenant, c'est plutôt évident : il y a bien, au moins, quarante centimètres entre nous deux. Je rougis furieusement, malgré moi, sous la gêne. Et je suis censée être celui qui le protégera ? Je comprends bien mieux qu'il veuille me protéger lui aussi. J'ai cette apparence frêle, enfantine, chétive, alors qu'il est grand et, à priori, relativement mieux constitué que moi. L'envie de secouer vivement la tête me prend, mais je m'en contiens. Et, coup de chance, c'est une bonne idée. Il se rapproche encore, avance une main, alors que je demeure immobile. Bientôt, le bout de ses doigts effleure mes bras, avant que ce ne soit ses paumes qui reprennent ce semblant de jeu, à ne jamais faire que m'effleurer, que me frôler, avant que ses bras ne m'entourent. Et mon coeur, a nouveau, me semble s'arrêter. Pourtant, bien vite, il reprend de battre à vivre allure, comme une locomotive à toutes vapeurs. Je vais m'évanouir. J'aimerais m'évanouir. Mais je veux pourtant rester consciente, rester là un peu plus longtemps. J'hésite à passer mes bras autour de lui à mon tour, mais opte finalement pour me laisser faire à son étreinte. J'en profite, à l'infinie, écoutant battre son coeur dans le poitrail contre le tissu au-dessus duquel j'ai posé la joue, les yeux clos à nouveau. Je l'entends... Je l'entends battre. Et je réalise à nouveau. Oui, seulement ce bruit me suffit. Je veux bien devenir sourde, si l'on m'autorise à garder aux oreilles, dans le coeur, le son du battement du sien. Il est tout ce que je désire si ardemment : un coeur battant. Sahïne, de l'extérieur, me paraît brisé, démolit, mais il vit encore. Son coeur bat encore. Je peux encore le sauver, le délivrer, je peux encore l'aider, demeurer à son côté pour le soutenir. Je ne connais rien de son histoire, mais je vais apprendre. Je serais là quand il voudra que je le sois. Je me ferais absente quand il aura besoin d'être seul. Si je suis si petite, si fragile, si je suis si faible, il me reste malgré tout ce drôle de sentiment, duquel je m'arme. Avancez les cavaliers, les archers perchés si haut, je ne me laisserais pas abattre par qui ou quoi que ce soit. Moi aussi, je dois rester en vie. Pour Sahïne. Si je cesse de respirer, alors lui aussi. Mais je ne laisserais pas ça se produire. Sa voix, encore et toujours, me tire de mes pensées, alors qu'il se jette pratiquement contre sol à l'aide de ses mots, avant de m'enlacer cette fois-ci encore de douces paroles.

«Je dors sur des bancs publiques, je suis pas toujours très propre, je me bats souvent, je perds souvent aussi, je suis pas non plus très intelligent ni très instruit -j'ai redoublé deux fois !-, même ma famille me trouve stupide, j'ai pas mal de secrets, des coups de névrose, des coups d'euphorie, je suis un fardeau alors si tu veux m'effacer la mémoire, tu peux le faire. Mais moi, dans l'idéal, j'aimerais que ce ne soit pas le cas parce que moi aussi, je veux me souvenir de cet instant, éternellement. J'aimerais chérir cet instant parce que c'est la première fois que je ressens ça puis, c'est aussi la première fois qu'on m'adresse des paroles aussi bienveillantes.»

Alors, pour lui aussi, c'est tout nouveau. Pour lui aussi, c'est une découverte totale. Je relève un peu la tête, pour lui sourire, tentant de calmer de mon mieux le rose de mes joues. Pourtant, c'est peine perdue. Leur douce couleur trahit ma joie. Ce n'est rien, si nous nous sentons encore un peu perdu, parce que c'est doux, à présent. Nous sommes tombés de très haut, bien sûr, mais nous avons atterrit dans un nuage de coton parfumé, aux senteurs divines. Je reste là, entre ses bras, à ressasser ses paroles. Oui, je veux me souvenir. Et je veux qu'il se souvienne également, de ce moment tout à nous, de ce fracas entre nos mondes, nos univers, et de ce nouveau terrain de jeux, de batailles, que nous avons découvert. Il y a tant à attendre, tant à faire, il me semble qu'il y a tant de choses qui nous attendent à présent, tant de chemins qui n'attendent plus que d'être explorés. Finalement, parce qu'il a eu tant de courage, je laisse libre court au mien. Et, un peu mollement, certainement à cause de l'ivresse de la chaleur de son étreinte, je lève un peu mes bras pour l'entourer à mon tour, me serrant, me blottissant contre lui. Je ne veux plus que cela, à présent. Entendre battre son coeur, garder à l'esprit son son, sa mélodie, son rythme, sa cadence. Désormais, je n'ai plus d'autre horloge que ce son bien précis. Je rougis encore, en cherchant à me cacher contre lui. Et ce pincement reprend de plus belle, me faisant grimacer discrètement un court instant. Mais qu'est-ce que c'est ? Pourquoi c'est si douloureux ? Pourquoi est-ce que c'est si doux aussi ? J'ai l'impression d'être faîte de plomb, à présent, et pourtant je flotte toujours sur notre nuage. C'est si étrange que je ne sais comment le décrire. Alors, comme une enfant qui a mit la main dans le pot de confiture, qui s'en sent honteuse, je n'en dis rien, je le cache de mon mieux. Quoi que ce soit, je ne le dirais pas. Je ne lui imposerais pas. Je ne veux pas savoir, pas avoir la réponse. J'ai... J'ai peur de cette réponse.

C'est beaucoup trop tôt. Tout arrive trop tôt. Mais je dois prendre le wagon en marche malgré tout, si je veux arriver à destination, n'est-ce pas ? Je me laisse faire à ses doigts qui glissent dans mes cheveux. C'est si doux, aussi. C'est aussi doux que tout le reste de ses caresses, aussi doux que le simple son de sa voix. N'y a t-il plus quoi que ce soit chez Sahïne qui ne soit doux, un peu maladroit, mais si touchant de sincérité ? Et pourtant reculerais-je ? Je veux que ses caresses se poursuivent éternellement, que ses doigts restent à jouer avec les mèches de mes cheveux. Je me fiche qu'il les décoiffe un peu, de toutes façons. Ses doigts sont la preuve de sa présence, son coeur de sa vie, sa voix de son envie de me parler. Et, lorsque ce moment touchera à sa fin, parce que je sais que ce moment arrivera, je sais que tout ça me manquera. Alors je veux tout graver à l'intérieur de moi, pour ne jamais m'en séparer. Une tranquillité divine, idyllique, m'a touchée, comme si plus rien n'avait d'importance, et je reste dans son étreinte protectrice, à me noyer dans sa chaleur. Il est tellement chaud. Tellement vivant. Il est là, voilà tout. Il est là, et ça me suffit. Et pourtant, certainement jaloux, le temps nous a enfin rattrapé. Lentement, je sens l'étreinte de mon protégé et protecteur se relâcher, s'ouvrir, comme pour me rendre aussi doucement que possible à ce monde que nous avions quitté pour le nôtre l'espace de ses longues minutes de rencontre continue. Il est temps, pas vrai ? Il va falloir y aller, maintenant. Je le regarde, un peu douloureusement, tentant cependant de cacher cet autre petit pincement derrière un sourire doucereux, avant qu'un petit rire, incontrôlé, ne me surprenne moi-même à l'air stupéfait de Sahïne. Il regarde l'heure sur son portable, un peu dépassé, en me parlant :

« Attends… Tu ne devrais pas être en cours ?, il regarde son portable à ce moment précis, me faisant un peu pencher la tête, intriguée. Il est… Je suis en retard !»

Je sursaute. Oh ! S'il est en retard, alors moi aussi ?! Je baisse la tête, un peu paniquée, pour remonter légèrement la manche de mon duffle-coat et dévoiler la montre retournée à mon poignet. Il est déjà aussi tard ?! Un peu embêtée, je me mets à gesticuler sur place, sautillant un peu pour canaliser cette énergie qui me submerge. Je dois me dépêcher d'y aller ! Je ne suis jamais vraiment arrivé en retard ! Parfois, oui, je suis arrivée un peu juste, avant que les grilles ne se ferment. Mais je ne suis jamais arrivée en retard ! Et si papa l'apprend ? Si l'école l'appelle pour le lui dire ? Je baisse la tête, regardant mes pieds, tentant de me détendre en les faisant se frapper du bout l'un contre l'autre. Si je suis en retard, ce n'est plus important que je cours ? Je ne sais même pas, à vrai-dire. Et Sahïne qui est redevenu si calme, son changement d'expression, celle-ci redevenant tranquille après une fraction de secondes. Mais, Sahïne, on est en retard ! Je le pense fort, mon esprit le crie, mais pas un son ne sort d'entre mes lèvres. Je dois y aller. Mais je n'ai pas envie d'y aller. Si j'y vais, je ne le verrais plus, n'est-ce pas ?

« Ah c'est vrai, je suis toujours en retard de toutes façons… Quel imbécile.»

Ah. Voilà donc l'explication à cette tranquillité qui l'a soudainement prit, repêché de sa panique. Quel chanceux. Chanceux parce que, moi, je gigote encore sur place comme un ver, comme un poisson hors de l'eau. Je dois vraiment y aller. Vraiment, vraiment. Mais il me semble qu'il veut encore dire quelque chose. Alors je me tais, je cesse un instant, de mon mieux, de bouger sur place. Et pourtant, c'est la panique dans le cockpit. Je vais être envoyée en permanence, et je vais rater une heure de cours. Je m'efforce, de mon mieux, en guettant la reprise de ses paroles, de tenter de me souvenir du cours par lequel je devais commencer. N'est-ce pas mathématiques ? Papa va me gronder. Il aime les mathématiques, papa. Et il me dit souvent que je dois y être plus assidue parce que ce n'est pas ma meilleure matière. Si je n'y vais pas, je serais toujours aussi peu douée. Mais Sahïne veut encore parler. Comme si l'école tirait sur mon bras gauche, le jeune homme sur le droit, je me crispe un peu, en me mettant si imperceptiblement à chouiner. Je n'ai pas envie d'être le lapin blanc, et que papa me coupe la tête...

« Tu dois réussir tes études, ne fais pas comme moi, je suis un très mauvais exemple. D'ailleurs, ta scolarité se passe bien ? ...Mais qu'est-ce que je raconte, c'est pas le moment de divaguer, vite, va en cours, les questions seront pour plus tard….»

Je fais un pas de côté, en vitesse, puis me rétracte, rejetant mon regard sur mon nouvel ami. Il veut encore parler. J'hésite, fait de rapide va-et-vient dans mes pas, bougeant pour finalement presque toujours revenir à mon point de départ. Ah mais je ne sais plus quoi faire, moi ! Je me remets à chouiner, un peu plus fort cette fois-ci. Je n'ai pas envie d'y aller sans Sahïne. Mais je dois vraiment, vraiment, vraiment y aller. Je le regarde, en sautillant encore sur place comme un joggeur qui ne veut pas perdre son rythme. Et je me sens bien bête, bien sûr. Mais que faire d'autre ? Mes réactions sont étranges, elles ne m'ont même pas l'air d'être naturelles pour moi. Mais je n'y peux rien. Je ne suis vraiment jamais arrivée en retard, et je ne sais pas ce que ça fait. J'ai l'impression qu'on va me gronder, me dire que je prends un mauvais pli, que je vais devenir une mauvaise élève. Mais je ne veux pas causer de problèmes à papa ! Et pourtant. Je sautille encore sur place, comme une sauterelle. Il veut parler, il veut parler.

« Je t'accompagne ?…. Je t'accompagne. Non, attends, est-ce que c'est une bonne idée ?... Allons-y ! … Mais si on te voyait avec moi, tu pourrais avoir une mauvaise réputation… Err, je ne sais même plus ce que je dois faire...»

Je m'arrête de sautiller sur place, comprenant mieux le fin mot de l'histoire. Et, replaçant vaguement d'une main une mèche blonde qui a glissé de la masse pour venir se balader sur mon visage, je le regarde et lui sourit tendrement. Il ne veut pas me causer de problèmes. Il ne veut pas que l'on se fasse de fausses idées sur moi, parce qu'il ne pense pas être une bonne personne. Mais moi, je me moque de ce que vont penser les autres, du moment que lui accepte d'être auprès de moi. Je le regarde encore, puis ouvre grand la bouche pour prendre une grande respiration, comme une baleine qui inspire avant de plonger. Je vais y arriver. Il y a des tonnes de gens qui le font ! Et puis, certains amis le font aussi ! Et Sahïne et moi, à présent, nous sommes amis, n'est-ce pas ? Je secoue la tête, vivement, agitant ma crinière blonde, et me rapproche vivement de lui pour lui attraper une main. Je la serre, sans réelle force, en étant bien incapable de toute façon, et reprend de trottiner pour sortir du parc. Très vite plutôt bien essoufflée, je ne peux pas pour autant retenir un fou rire. Bonjour, première absence. Sahïne sera mon alibi ! Et puis, lui aussi il doit aller à l'école, s'il veut avoir un avenir ! Alors, s'il le faut, je viendrais le chercher ici tous les matins. Et nous irons à l'école ensemble ! Discrètement, profitant de trottiner devant lui, je souris, le rouge aux joues, gardant encore ce fait secret, inconnu de Sahïne. Et un bonheur tout nouveau me réchauffe, juste à ma main qui tient la sienne. Je me cherche une excuse, pas vrai, pour pouvoir le voir ? Qu'importe. C'est mon secret.

« H-Hum ! A-Allons-y ensemble, Sasa ! Vite, vite ! Sinon on va se faire couper la tête par la reine de Cœur ! »

#999999 words
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MessageSujet: Re: Ton regard infernal et divin, verse confusément le bienfait et le crime [PV mon étwuale ♥]   Lun 11 Avr - 10:28

Son teint avait pris des couleurs qui lui étaient jusqu'ici inconnues, s'habillant de touches tantôt rosées, tantôt dorées. La langueur du vent y était sans doute pour quelque chose mais elle n'était certainement pas l'unique origine de cette métamorphose. Un changement radical s'était produit : la mauvaise herbe dont tous les pores dégageaient un véritable poison avait laissé place à une végétation gracieuse, colorée et incroyablement pourvue, tant en nombre qu'en vie. Ce garçon qui avançait, sa main close dans celle d'une jeune fille, respirait profondément la vie. L'avait-on seulement déjà vu dans cet état ? Planant dans une ivresse absolue, ses pas survolaient le sol terrestre, ses yeux n'étaient plus freinés par les barrières de l'entendement et son esprit entier semblait flotter au dessus de sa délicate enveloppe charnelle. Aviez-vous déjà vu pareil spectacle, pareil bonheur, nullement illusoire, purement transcendant ? Certains commerçants qui s'établissaient quotidiennement dans la bulle de végétation taillée du parc s'étonnaient à voir ce garçon si gai. Leurs yeux, autrefois fidèles représentants d'une empathie sincère pour ce lycéen à la rue, s'étaient mouvés en de splendides globes auréolés d'étincelles surprenantes. Leurs mains, éternellement guidées par des gestes répétitifs, plaçaient les étalages avec une cadence digne de celle d'une mise en scène. Synchronisées dans des mouvements si différents, l'on eût cru être au beau milieu d'un tournage, celui d'une comédie musicale bien entendu. Les hommes, dans leur barbe trop dessinée ou délaissée, sifflaient des airs de contes dans lesquels seuls les esprits les plus libérés auraient pu se perdre, se laissant guider par leurs airs, unis dans un seul ton, une seule mélodie, une seule voix. Et comme les spectateurs de la naissance d'un monde nouveau, ils se laissaient happer par l'authentique beauté et excentricité de ce nouveau monde. Quelle intrigue allait donc s'écouler tendrement sous leurs yeux ? Ainsi, ils suivaient de près, ou du moins, du regard, les pas des lycéens alors que le rouge leur montait au visage, excités d'être les invités privilégiés de ce nouveau synopsis. Mais alors qu'un homme aux mains dégarnies et à la corne bien affirmée tripotait des morceaux de pain pour les faire mirer aux plus gourmands, un oiseau déferla, fendant l'air d'un battement d'ailes, sec et pourtant si doux. Son cou caressa vaguement la peau maltraitée du vieil homme alors que son bec s'aventura presque entre ses doigts, s'emparant avec intrépidité d'une miette égarée. Ô, un cadre bien idyllique. Était-ce là l'accomplissement d'une quelconque prophétie ? La boucle était-elle bouclée, le garçon était-il non en proie mais en pleine sympathie avec son destin ? Et avec une stupéfaction sans borne, lui aussi, observait. Ses iris aux couleurs de flammes ardentes s'emparaient de la scène entière et se délectaient de son caractère féerique. Son air abasourdi lui donnait cet aspect ingénu qui n'attirait que davantage de regards attendris. Son regard rencontrait d'autres regards et ça lui paraissait très beau. Très beau parce-qu'il avait la sensation d'exister, pour de bon. S 'affirmant comme un individu, comme un être à part entière, il redressa la courbe de son dos, alignant sa colonne vertébrale avec son bassin et regagna cet aspect plein d'assurance et humain que possédait les garçons de son âge, insouciants et avides d'aventures périlleuses. Alors, son attention chuta vers sa main. Non pas celle qui était libre et qui fouettait à tu-tête l'air à sa guise, mais bien la petite chanceuse qui se trouvait dans la main délicate de son étoile. Et que dire de cette dernière si ce n'est qu'elle semblait sublimer les lieux à chacun de ses pas ? Ma main à moi est inerte, se fit-il remarquer. Et si je serrais la sienne ? Est-ce que c'est bien, est-ce qu'elle me prendrait pour un fou ? Mais c'est ce que je suis, un fou en perdition. Perdition… ça connote une mauvaise impression. Et ce n'est pas le cas. C'est une très bonne perdition, comme celle d'Alice au Pays des Merveilles, c'est beau, c'est sucré. Mais Alice rentre chez elle… Est-ce que je veux rentrer chez moi et retrouver mon peu de rationalité ? Hm, non. Je préférerais encore que cette fameuse reine rouge me coupe la tête. D'ailleurs, de qui Pearl parle-t-elle ? L'hésitation lui fit pincer ses lèvres déjà suffisamment abîmées entre ses canines aiguisées puis, avec ses joues joliment empourprées, il se laissa aller et serra à son tour la main de la jeune fille. Il avait dix-neuf ans mais son attitude réservée voire semblable à celle d'une bonne sœur à la pudeur consternante, relevait plutôt de l'attitude d'un adolescent de moins de quinze ans. Sans doute les contacts lui avaient-ils manqués. Et mal grès tout, les regards dansaient, les âmes se perdaient. Ils atteignirent alors la frontière du parc et, dans un geste empreint d'une nostalgie poignante, le garçon laissa un dernier regard couver les environs avec un éclat perçant de bienveillance. La cadence de leurs pas était freinée de temps à autres, la jambe gauche du garçon le ralentissant quelque peu dans sa traversée fantastique. Alors qu'ils passaient parmi les rues, les trottoirs surplombés de boue et les voitures toujours plus pressées, le lycéen se sentait un peu plus mal à l'aise. Des regards les braquaient, faisant peser sur Sahïne un poids considérable, faisant courber ses épaules vers le bas, tirant son regard sur ses pieds. Et pourtant, il continuait bravement d'avancer. La chaleur qui émanait de la main de son étoile n'y était certainement pas pour rien. La douce flamme remontait jusqu'à son bras, s'y prélassant avec grâce, se gorgeant de la froideur de son propre corps pour finalement gagner sa poitrine et s'y loger, le dévorant de l'intérieur. Seule, elle régnait en maître sur son corps. Ainsi, il ne ressentait plus qu'une brûlure éminente et s'en nourrissait avec la férocité d'un fauve affamé. Et avec toute l'arrogance de sa jeunesse, il redressait vaillamment la tête, affrontant les discours mal placés, les chuchotements frétillants et dérangeants.

« Pearl, une fois que l'on arrivera là-bas, on devra se séparer puisque nous ne sommes pas dans la même classe. Est-ce qu'on se reverra ? »
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MessageSujet: Re: Ton regard infernal et divin, verse confusément le bienfait et le crime [PV mon étwuale ♥]   Mar 12 Avr - 17:23



Sa main dans la mienne me paraît plus chaude que le soleil. Je sais que ce n'est qu'une impression, que le soleil brûle avec une ardeur inimaginable. Mais à ce moment, maintenant, il est plus chaud, plus chaleureux. Et malgré la course qui niche dans ma gorge un courant d'air encore froid, qui semblant carboniser mes poumons, je n'ai pas mal de courir ainsi. J'ai cette énergie débordante qui donne autant de force à mes jambes, qui me donne cette envie de courir dans tout les sens, de m'agiter comme si ma vie en dépendait. Elle n'en dépend pas, bien sûr. Mais c'est un bonheur que je n'arrive pas à contenir. Il m'a dit ressentir ce sentiment unique, lui aussi, et accepte ma présence ainsi que le lien entre nous. Et, à mes yeux, c'est tout le monde qui devient plus doux, plus simple, c'est tout, à nouveau, qui perd son aspect sévère. Pourquoi paniquer ? Pourquoi avoir peur, appréhender ? Quand je le regarde, quand je l'entends, tout me semble tout-à-coup si naturel. Je l'ignorais, auparavant, mais Sahïne existe, il vit, et ce lien qui nous unie nous a ramener l'un à l'autre. Et comme de vieux amis qui ne se sont pas revus depuis si longtemps, il va falloir que nous "r-apprenions" tout l'un de l'autre. Il m'a l'air compliqué, difficile, il a l'air d'être tout-à-fait différent de moi, mais n'est-ce pas ce qui, au final, m'attire tant chez lui ? Il est ce livre, si haut perché, que je n'ai encore jamais ouvert. Je sais que ses pages seront couvertes d'un langage mystérieux, que je ne saurais lire. Mais si j'y mets assez de bonne volonté, si je persiste, je parviendrais à le déchiffrer. Et puis, ses yeux ne me mentent pas ! Ses joues non plus ! Bien qu'il faille l'avouer : tout chez moi est aussi bien incapable de glisser des mensonges à son attention. Qu'il me voit aussi simplette, aussi distraite, c'est embarras. Mais c'est tout ce que je suis, n'est-ce pas ? Alors je veux qu'il voit. Je veux, moi aussi, lui donner une chance d'apprendre à me connaître.

Alors que nous avançons toujours, je ralentis un peu le pas. Sa main, elle s'est serrée. Elle enveloppe la mienne, la faisant presque disparaître dans sa grande paume alors que j'y niche un peu plus, un peu mieux, mes doigts repliés. Il a de si grandes mains ! Mais c'est certainement parce qu'il est bien plus grand que moi, aussi, qu'il me semble si protecteur, si amen à me garder en sécurité. Bien que je sois celle qui ouvre la marche, je me laisse imaginer son dos, sa stature. Il doit être droit, fier, il doit savoir s'imposer. Je sais qu'il n'y parvient pas encore. Je sais qu'il préfère rester à sa place, parce qu'il craint certainement ne plus avoir le droit au bonheur, parce qu'il se pense lui-même être une abomination. Mais il n'en a rien. Je suis une petite idiote, j'en suis consciente, mais je sais plutôt bien reconnaître les bonnes personnes des mauvaises. Il y a des gens qui lui font du mal. Et quoi qu'ils lui disent, lui fassent, je le protégerais, pour parvenir à lui rendre tout son éclat. Je brillerais de toutes mes forces, j’assécherais ses larmes de sourires, je refermerais ses plaies de caresses. Parce que, plus que d'être mon rôle, c'est mon envie. Je ne sais pas dire ce que j'ai trouvé chez lui qui le rende si unique, je ne sais pas ce qui me donne sans cesse de le regarder, de l'admirer, mais ce sentiment est plus fort que tous ceux que j'ai rencontré dans ma petite vie. Et je le couverais de mon mieux.

Sans rien faire, sans avoir agit particulièrement, il a glissé à l'intérieur de mon coeur une douce flamme, qui me réchauffe plus qu'elle ne me menace de sa couleur bleutée. Elle résiste au vent qui repousse mes cheveux dans mon dos, qui frôle avec une sorte de lassitude mes joues encore doucement rosées. Je n'ai jamais tenu la main de quelqu'un de cette façon, aussi longtemps. Je n'ai jamais été enlacée par un jeune-homme comme il l'a fait. Jamais personne n'a joué avec mes cheveux, ou caresser mes bras. Mais Sahïne a réunit tout son courage, j'imagine, pour le faire. J'ai peur, bien sûr, de lui paraître étrange, de cette sorte de familiarité que je vois naître entre nous deux alors que nous nous connaissons si peu. Mais si je recule, maintenant, si je demande à ce que notre rythme ralentisse, je vais briser cet instant, n'est-ce pas ? Il touche déjà à sa fin. Il s'étire, lascivement, rejoint l'extérieur et notre bulle, soudainement, explose. Voilà. C'est fini, maintenant. Je ralentis encore un peu le pas, me mettant à marcher, reprenant quelque peu difficilement ma respiration, un sourire aux lèvres. De toutes façons, je n'aurais pas eu la force de retenir ses caresses. Sans malice, sans perversion, il m'effleurait comme un enfant n'osant pas ouvrir un cadeau de Noël. Il me découvrait, à sa façon. Je rougis encore un peu, malgré moi, en y pensant. Peut-être est-il curieux, lui aussi, me concernant, comme je le suis le concernant ? Je pourrais lui poser des milliards de questions sans jamais être satisfaite, j'en suis certaine. Mais je ne peux pas. Nous n'avons pas le temps. Encore une fois, comme toujours, parce que je suis une tête-en-l'air, une rêveuse à ses côtés, sa voix me ramène sur Terre, doucement, avec tendresse, me faisant tendre l'oreille en m'arrêtant pour lui faire face.

«Pearl, une fois que l'on arrivera là-bas, on devra se séparer puisque nous ne sommes pas dans la même classe. Est-ce qu'on se reverra ?»

Je remarque seulement ces regards posés sur nous, ces murmures, ces bavardages. Mais je veux les oublier à nouveau, me dire qu'ils ne sont pas là, que je ne les ais jamais remarqués. Ils ne sont pas importants, de toutes façons. Il est encore avec moi, il me parle toujours, alors l'avis des autres ne comptent pas. Oui, nous sommes très mal assortis. Oui, je suis minuscule face à lui. Oui, il a l'air d'un adolescent qui se bat, boit peut-être, fait des quatre-cent coups pour se sentir plus vivant, peut-être aussi par idiotie. Mais au-delà de nos apparences, de nos enveloppes charnelles, il y a ce petit quelque chose qui nous relie, qui me permet de me dire que nous nous ressemblons au moins un peu. Je le regardais, longuement. Je laissais couler les secondes. Que ferait une poignée de secondes envolées en plus ? Je pince un peu mes lèvres, cherchant quoi lui répondre. Je n'ai aucune garantie que laisser faire le destin à nouveau nous permettrait de nous revoir. Pour une fois, non, je veux forcer ce même destin et provoquer une nouvelle rencontre. Je veux le revoir. Je... Je veux revenir entre ses bras, et oublier le temps, les gens, l'espace autour. Simplement écouter son coeur battre et m'en contenter. Je retombe parmi les vivants, parmi les mortels, parce qu'il le faut bien. Mais je rêve déjà de lui revenir, de le retrouver, de subtiliser à nouveau ce sentiment qui m'a rendue comme ivre d'un bonheur indescriptible. Je desserre un peu les lèvres, essayant d'ignorer qu'elles me piquent légèrement, et lui souris.

« O-Oui ! Je suis certaine qu'on va se revoir. »

Mais comment en être vraiment certaine ? Et s'il oubliait ? Et si ça lui sortait simplement de la tête, qu'il était trop occupé ? Je ne veux pas l'embêter, prendre de son temps, je ne veux pas aller contre sa volonté. Mais j'aimerais tellement le revoir. J'hésite, un long temps pendant lequel, inconsciemment, je glisse mes doigts entre les siens. Sans le moindre mot, sans le moindre souffle particulier, je sens résonner dans ma cage thoracique cette panique désespérée, désemparée. Est-ce que je serais folle de céder à ma volonté et de forcer le destin ? Je ne suis même pas certaine d'avoir assez de courage pour ça. Pourtant, le regard posé sur ses yeux à la couleur idyllique, irréelle, je tangue. J'aimerais qu'un tour de magie nous permette de répéter ce moment encore et encore, j'aimerais qu'il me dise qu'il s'en moque et qu'il veut rester auprès de moi. Mais, ça, c'est pure folie. C'est à cause de mon secret. Il est déjà lourd à porter. Il compresse ma poitrine, me la pince, me la retourne, noue mon ventre, y plante une lourde boule qui me donne à nouveau du mal à parler. Mais peu importe ! Je préfère encore lui sembler folle ! Alors je libère sa main de la mienne, un peu embarrassée du fait qu'elle soit devenue presque moite à cause du stress, de l'émotion, et la fourre dans mon sac pour sortir mon cahier et un crayon. Personne ne nous verra. Ou en tout cas, personne que nous ne croiserions à l'école. J'ouvre mon petit cahier, écrit soigneusement sur une feuille et, en déchirant un bout, je lui tends de mes deux mains, après avoir rangé de nouveau mes affaires dans mon sac d'école. C'est gênant. Mais c'est le mieux que je puisse faire.

« T-Tiens... C-C'est mon numéro de téléphone. S-Si tu veux me parler, o-ou me voir, tu peux toujours m'envoyer un message et je sortirais ! »

Ma voix grimpe légèrement dans les aiguës, devenant terriblement enfantine même à mes propres oreilles. Je n'ose plus imaginer à celles de Sahïne. Mais c'est incontrôlable. Mes petites mains tremblotent un peu, le bout de papier toujours tendu vers lui, mais je ne veux pas me décourager pour autant. J'ai fais ce pas, j'ai fais le pas de le dessiner, au hasard, lui parmi les autres. J'ai fais ces pas, je peux encore avancer. Si je veux que nous ne redevenions jamais ces inconnus que nous avons été, je dois faire encore de nombreux pas. Je ne peux même pas les compter, je les vois à peine sur mon chemin d'ailleurs, mais je suis certaine qu'ils m'apprendront beaucoup de choses, qu'ils sauront me rendre plus confiante, plus assurée. Je relève encore la tête, le regardant avec hésitation alors que je sens la chaleur reprendre l'assaut de joues que je gonfle pour me détendre, comme une gamine.

« N-ne m'oublies pas, s-s'il te plais. Sinon je vais bouder ! Parce que... p-parce que tu vas me manquer, Sahïne. »

Mais pourquoi je dis ça ? Mon coeur bat encore à tout rompre dans ma poitrine. Et j'ai envie de pleurer très fort, de remonter le temps et d'aller me cacher dans un trou de souris, très très loin. Et pourtant, une part de moi est très fière, en parallèle, du courage dont je fais preuve. Pourquoi ne pas lui faire au moins ça ? Petit à petit, à l'aide de petits pas, de nombreux petits pas, je suis sûre que je finirais par y arriver. Je dégonfle un peu mes joues et, avec surprise, sourit d'un mouvement irrésistible de mes lèvres roses. En réalité, le dire, ça fait beaucoup de bien. Grâce à ça, mon coeur me pique un peu moins. Il est toujours un peu serré, parce que je ne sais pas s'il m'enverra un message, s'il voudra rien que me reparler. Mais j'ai confiance. Tout ira bien. Sahïne est une bonne personne. Et puis, ce n'est jamais qu'un numéro de téléphone ! Certes, je ne l'avais jamais donné auparavant, ce qui explique que papa soit mon seul contact. Mais je devrais être moins gênée. Des tonnes d'adolescents s'échangent leurs numéros de téléphones pour moins que nos-que mes raisons ! Je suis encore un peu perdue. Troublée, peut-être ? Je ne sais pas le décrire. Encore une fois, c'est tout nouveau pour moi. Ça me rend peureuse et courageuse en même temps, c'est très étrange. Mais quoi qu'il en soit, je fuis à présent son regard. Je ne veux pas qu'il le voit. Il pourrait certainement y voir que je le sais, que je sais que, en cours, je vais encore penser à lui, à cette rencontre si singulière, à cette rencontre qui nous correspond bien. A cette rencontre aux milles couleurs.

#999999 words
Je pense que le rp touche à sa fin, maintenant, mais il aura été tout bonnement génial ! ♥
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Ton regard infernal et divin, verse confusément le bienfait et le crime [PV mon étwuale ♥]
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