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 Croiser le vide, ami du silence, et compter les rides de sa chance ○ PV Lloyd

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MessageSujet: Croiser le vide, ami du silence, et compter les rides de sa chance ○ PV Lloyd   Jeu 11 Fév - 16:30

tu regardes le vide. tu le scrutes. il est morose, vêtu de ses loques translucides. tu l’imagines, le vide. tu l’inventes, à ta façon. tu en fais un môme. tu en fais un vivant. il est immense, le vide. un abîme où tu sombres. un océan où les badauds imitent la houle. ils dégueulent en vagues austères, de tous les côtés. dans toutes les rues. souvent, ils tournent aux avenues. certains se croisent aux boulevards. ils échangent un regard. ils s’éloignent, étonnamment. sans un mot. sans un sourire. c’en est décevant. ils s’échappent. les minutes s’égrènent, et ils sont déjà loin. les billes dans le vide, tu reluques les passants. comme s’ils détenaient un secret. comme s’ils avaient, entre ces mains qu’ils usent de la vitesse à laquelle ils vivent, un trésor qu’ils se refusent à avouer. un trésor qu’ils s’échinent à n’offrir à personne d’autre qu’à eux-mêmes. tu songes, fébrile colibri. tu rêves de ce vide que ton âme sœur comble. une âme sœur qui, sitôt quittée, manque désespérément à ce cœur qui est le tien. une âme sœur que tu cherches, à même les gerbes sinueuses. les humains ressemblent à une mer agitée, tu penses. les humains sont semblables aux creux. ceux-là même qui noient les marins. es-tu seulement autorisée à les blâmer ? non. tu es comme eux, Aïn. continuellement affublée de ton courroux impatient. tu es similaire aux enfants. ces gosses pédants qui réclament confiseries et attentions.

un frêle gazouillement s’échappe d’entre les deux minces triangles de ton bec. un chant inaudible, déjà perdu dans les méandres d’une brise gelée. si petite, tu risques de l’y rejoindre. sûrement de t’écraser sur le bitume, aussi. néanmoins, deux iris se lèvent. ils sont noirs comme la belle obsidienne. ils sont profonds, comme le néant. comme le vide que tu chasses, désespérément. il file, bientôt. les billes sombres ne sont qu’un énième souvenir que tu soupçonnes d’être en noir et blanc. tu ne vois que cela ; le noir et le blanc. une tâche sanguinolente s’insinue dans ton champ de vision. une tâche à la couleur du crépuscule. celle d’une crinière, dans les roulis hypnotiques. sans réfléchir, tu t’élances. les ailes furieuses détruisent le vide, à la manière d’armes tranchantes. tu furètes entre les âmes éteintes. tu touches les filaments écarlates, les ongles accrochés à sa veste. la déception est grande. ce n’est pas Lys. non, ce n’est pas Lys. sans un son, tu te laisses balader. tu voyages, un peu. au creux des capuches fourrées où tu es happée. si petite que c’en est ridicule. finalement, tu regardes les cieux incarnates où ne brillent qu’à peine les feux de la fin d’une énième journée. sans un remerciement chuchoté de la voix d’oiseau, tu étires les deux appendices colorés. sans un regard vers la houle, tu volètes. malade de ces bourrasques qui te ballotent, tu coules difficilement entre les branches de quelques arbres défeuillés. sans surprise, les fringues sont là. cachées entre les épines malignes d’un vieux rosier abîmés de toutes ces balles qu’il recueille, chaque été. déposée sur la pelouse, tu sembles être un oiseau échoué de son nid. comme si tu étais tombée. c’est la vérité, sans doute. balancée des cieux où tu vivais.

lentement, tu sens que le monde change. que ton habit de vulnérabilité s’amenuise, et que les plumes aux couleurs vives se rétractent. les os se brisent. ils craquent. la torture n’est l’histoire que d’une minute. peut-être deux, en réalité. de ton chant étranglé ne demeure qu’un jappement imperceptible, à mesure que tes dix centimètres redeviennent le mètre soixante que les autres connaissent. à mesure que le profil d’un mince oisillon retrouve une apparence humaine, toute aussi chétive. à la hâte, tu récupères tes vêtements abandonnés de longues heures auparavant. sans même envisager de te protéger du froid mordant, tu scrutes le blême écran de ton téléphone. aucun message. tu es déçue. tu espérais un mot de sa part, n’est-ce pas ? évidemment. tu es prévisible, Aïn. autant qu’une fille énamourée. sitôt ce constat fait, tu enfiles une à une les couches succinctes de ces fringues monochromes que tu t’entêtes à conserver. un chemisier. une jupe, assortie à des collants noirs, et un tricot aux mailles larges. le tout, dissimulé sous un épais manteau. tu adresses une œillade aux environs. rien. un sac dans la mimine, tu te redresses avec un bonheur manifeste. ton épine dorsale émet un craquement sinistre, en écho à ceux qui se sont arrêtés il y a quelques minutes, à peine.
« C’est chouette d’être un oiseau ! » que tu lances à un congénère. il est là, adorable passereau. tu lamines tes beaux traits d’un sourire angélique, et adresses un signe à la petite chose. c’est chouette d’être un oiseau. tu es libre de voguer, ça-et-là. libre d’être toi.

○○○

tu regardes le vide. tu le scrutes, de ces billes maladroites que tous jalousent. la nuance grisâtre luise étrangement dans la pénombre. comme l’éclat d’une étoile tombée, sans doute. néanmoins, ces billes-là ne traduisent aucune allégresse. seulement des ombres inquiètes. ces dames dansent sur les murs où se dessinent maints tracés. certains sont admirablement réussis. d’autres, en revanche... tu ne sais que dire à leur sujet. la beauté est subjective, à ce qu’il paraît. tu les observes avec avidité, à l’instar des mômes penchés au-dessus de leurs livres imagés. une sirène, assise sur une caillasse, dans une position lascive. tu dardes les prunelles sur une enseigne qui scintille dans l’obscurité. une boîte de nuit ? tu n’es pas sûre. le quartier est différent de celui emprunté si souvent avec Lys. tu t’es trompée, naturellement. tu te trompes souvent. sûrement induite en erreur par des sens anesthésiés. sans doute perdue par des souvenirs qui s’entremêlent. tu hausses les épaules à ton erreur. tu le sauras pour la prochaine fois, c’était une rue plus bas. sans méfiance, aucune, tu reprends ton chemin. la rue s’achève forcément quelque part. n’importe où, du moment que la voiture de papa est en mesure de s’y engouffrer. tu sors ton téléphone, décidée à le contacter.

tu alignes les nombres, les doigts agités d’un incontrôlable tremblement. tu conserves ton sourire, néanmoins. même si ton regard se promène sur les alentours. même si ton imagination s’amuse à te jouer de curieux tours. comme les héroïnes dans les dramas que tu regardes avec Alys. celles qui s’aventurent dans les ruelles malfamées et se retournent continuellement, habitées par la certitude d’être suivies. tu obtempères. tu les imites. une fois. deux fois.
« Il y a quelqu’un ? » aucune réponse. tu frôles une mèche de cheveux noirs et la froisses entre tes phalanges. bien sûr, papa ne répond pas. tu lèves ton doux regard vers le ciel où tu ne discernes aucune étoile, seulement de lourds nuages ; papa n’est pas de ces hommes férus de nouvelles technologies. c’est à peine s’il connaît Skype. tu t’étires, dans une vaine tentative de donner le change. de taire les rires que tu entends dans ton sillage. à moins que tu ne cherches seulement à te convaincre toi-même de ton indolence ? tu n’es pas si naïve, Aïn. tu le sens, entre tes côtes. ce cœur qui s’affole. la terreur s’est déjà insinuée en toi, tel un venimeux serpent ou les relents d’un puissant alcool. ton éclat vacille. « Ce n’est pas drôle, vraiment. » le rythme de ton pouls menace de se rompre. il éclate les veines qui roulent sous ton derme. et, comme toutes les héroïnes de dramas, tu commences à courir. c’est idiot, tu penses.

une main te frôle. tu ne t’arrêtes que le temps de lâcher les dernières volutes d’oxygène qu’il reste dans tes poumons. rien qu’une seconde. une seconde de trop. contre toute attente, tu es soulevée comme une poupée de chiffon. ton crâne dodeline de gauche à droite, à cause de l’incompréhension. tu ne vois que les iris vides de ce qu’il t’apparaît comme un géant. même si, en réalité, le colosse à la tignasse hirsute devait à peine effleurer le mètre quatre-vingt, et encore. un souffle rauque s’échappe d’entre tes lippes tirées en une fine grimace. il sent une odeur que tu ne connais que trop. le whisky. tu te souviens que papa ramène l’âcre parfum de la boisson dans son sillage. « Vous ne devriez pas vous approcher si près. » que tu gémis, sur la pointe de tes petons. l’autre hausse brièvement un sourcil, visiblement amusé. il esquisse un sourire sardonique. ses doigts caressent brièvement le sillon creusé par une unique larme. « Tu vas être sage ? Tu sembles être une fille sage. » tu ne comprends pas. la lèvre bouffée, tu étouffes un sanglot. « Vous ne devriez pas vous approcher si près. J’ai attrapé la grippe. C’est contagieux, vous savez ? » tu te démènes, rien qu’un peu. tu balances les genoux dans le vide. ce vide que tu scrutes toujours si longuement. « La grippe ? C’est l’cadet de mes soucis. » une main s’attarde sur ta cuisse. tu lâches un cri horrifié dans la pénombre, sans parvenir à te dépêtrer de son étreinte. il enserre ta trachée fine, au point de te voler un peu de souffle à chaque tentative de respirer. tu renâcles. tu éructes. tentes-tu de l’effrayer ? c’est raté. il se marre bruyamment. il semble apprécier la vue, l’autre.

Ah... Aïn. À quand ce jour où tu sauras te débrouiller sans l’aide d’un valeureux justicier ?
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MessageSujet: Re: Croiser le vide, ami du silence, et compter les rides de sa chance ○ PV Lloyd   Ven 12 Fév - 1:09

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MessageSujet: Re: Croiser le vide, ami du silence, et compter les rides de sa chance ○ PV Lloyd   Ven 12 Fév - 14:16

le vide est âcre. il s’attarde de son goût sec sur tes papilles. le même goût que l’échec, tu crois. le goût des larmes. ces dames s’abandonnent sur ta langue. elles y fondent comme de minces cristaux sous les rayons ardents du soleil. comme les dernières bribes de ces plaintes qui s’échappent de tes lèvres, happées par le calme de la ruelle. tu es en tort, Aïn. tu es la seule fautive de ta mésaventure, tu sais. lui, avec son poison dans les veines et son haleine, il est seulement arrivé au bon moment. tu fixes le vide. tu y cherches une réponse, sûrement. un espoir. n’importe quoi, s’il te tire de la sombre terreur. n’importe quoi, s’il t’arrache aux mains sales de l’ivrogne. tu fixes le vide, et n’y trouve aucun réconfort. avec ses bras translucides, aussi inaccessibles que son rire. chimérique, le vide. sans âme. tu lui inventes une forme - différente tous les soirs - mais il ne demeure qu’un dessin. il ne reste que le fruit de tes songes. incapable de se manifester. incapable de te sauver.

le silence se froisse. il s’abîme d’un bruissement si délicat qu’il ressemble aux pétales d’une rose entre deux doigts assassins. un son si fin que tu penses venir de ton fertile imaginaire. néanmoins, tu es détrompée. un masque immaculé se détache de la pénombre, installé sur un nez fin. tu le scrutes, une seconde. de sombres mots s’enfuient et dansent ; ils résonnent quelques instants. suivis d’une main sur le bras de ton bourreau. tu sens l’étreinte qui s’amenuise. les doigts lâchent ta fine trachée, et tu t’écroules contre le mur, fine poupée désarticulée. les perles salées dégueulent toujours, mais tu es fascinée. sournoises, elles tracent des sillons incarnates sur tes joues, sans que tu ne cherches à les retenir. à sa question, tu opines derechef. maladroite, sur tes chevilles étroites, tu sembles dire le contraire, toutefois. tu trembles. tu respires, à peine. comme s’il craignait une nouvelle attaque, ton cœur malmené. il s’écrase contre les côtes, comme s’il cherchait à fuir. à te fuir. tu frissonnes à ses paroles. bien sûr, tu es au courant. toutes les filles, de nos jours, sont alertées. les filles, ces choses fragiles. ces héroïnes réelles de romans où charmant vide des bouteilles et touche les cuisses, sans sentiments. ton regard s’insinue au-dessus de son épaule, vers le mur d’en-face. ce n’est pas une manière d’éluder ses mots, non. seulement une manière de retenir le nouveau sanglot. tu es en tort, Aïn. c’est de ta faute. traîner dans les rues à la nuit tombée... tu te promènes avec une pancarte « violez-moi, c’est gratuit. » collée sur le dos. et ensuite, ça écarquille les yeux, sans comprendre.

il retrouve son curieux dialecte, l’autre. le sale. l’ivrogne. tu ne le regardes pas. tu endigues son existence. s’il existait une gomme assez grande, tu t’en servirais sur son teint livide. il râle. il vocifère. il critique, même. les billes déposées sur ledit péquenaud déguisé, tu songes qu’il ressemble à un magicien. à celui de Berlin. tu trouves cela étrange, Aïn ? non. le côté décalé, tu l’aimes bien. il le porte bien, du moins. même s’il est surprenant de trouver un homme fagoté pour la scène dans une rue malfamée. il provoque, le torché. il cherche. tu hausses un sourcil, à mesure que tu sèches ton visage d’un revers de manche. tu ne comprends plus vraiment. ils comptent se battre ? un frisson déchire ton échine à la vue d’une arme blanche. tu veux fuir, Aïn. tu es lâche. lui, le magicien, il fait face avec dédain. il se fêle d’un rire. tu l’observes silencieusement, tandis qu’il fouille dans son attirail avec entrain. il se déleste d’un objet circulaire, noir comme une obsidienne. un objet qui déclenche une nouvelle hilarité chez l’homme en jean. tu plisses ton bout de nez. même toi, au flair aussi développé que celui d’un oiseau, tu sens la bizarrerie. le coup fourré. tu sursautes lorsqu’il arrive, ledit coup. un cri se forme dans ta trachée serrée, sans qu’il ne parvienne à retentir. tu es trop angoissée pour offrir une bribe de vocalise. il se dépêche, le garçon à la cape. il t’attrape entre ses bras. tu ne luttes pas ? tu n’aimes pas ça, pourtant. les contacts. les corps qui se frôlent. non, tu scrutes obstinément la fumée. ce jeudi, tu rencontres un magicien. comme ceux des grandes scènes. comme ceux que les enfants idolâtrent pour leurs tours déments. l’autre hurle, encore. il balance des insultes, et tu te tasses contre ton sauveur.

ses gestes précautionneux t’étonnent. même en course, il se montre délicat. même agenouillé au sol. tu ne te risques à aucun son, ni même aucun bruit. tu ne veux plus causer de soucis, Aïn. tu éteins ton souffle, à l’instar de ton cœur qui apaise son rythme infernal. complètement immobile. raide comme une pique, à ne laisser entendre qu’un très discret souffle, de temps à autre. souffle que tu dissimules dans ton écharpe. tu écoutes les battements frénétiques de son cœur, au magicien. d’une certaine manière, tu es rassurée. tu sens que tu n’es pas seule. tu sens qu’il est là, tangible. qu’il n’est pas qu’une illusion. le silence vous frôle. il se répercute douloureusement contre les parois de ton crâne. habituellement, le silence est ton ennemi. il te balance dans un abîme sombre. habituellement. ici, lovée contre un homme qui t’en arrache d’un autre, le silence se veut délivrance. il est loin, l’ignoble.
« Le voyage n’a pas été trop rude j’espère ? » un rire - bientôt suivi du tien - comble le trou béant laissé par la peur. tu n’esquisses aucun geste. tu ne recules pas. c’est trop tôt. il n’est pas assez loin, l’autre. il n’est pas encore sur Vénus. deux billes curieuses se lèvent vers la trogne qui apparaît dans l’interstice. un teint pâle. un regard aux nuances océaniques. rien de plus. rien de moins. « Je suis désolée que vous ayez été mêlé à ça. » que tu murmures, finalement. tes cordes vocales tremblent. tu espères seulement que ton accent ne s’est pas amusé à déformer tes dires. tu ne l’aimes pas, ton accent. c’est de la faute à papa, après tout. lui qui se refuse à dialoguer dans votre langue d’adoption, à la maison. tu cultives ton allemand, et les intonations avec. « J’étais persuadée que le raccourci était dans cette rue. Mais c’était celle d’après, en fait. Je crois. » tu ne sais plus. tu es maladroite, Aïn. c’est sûrement pour cette raison que tu rentres toujours avec Alys. tu évites ces problèmes, dans ces cas-là. tu évites d’être un problème pour les autres, dans ces moments-là. tu retrouves le silence, rien qu’un instant. tu penses avoir des questions à lui poser. sans doute. tu le reluques, encore. tu imprimes ses traits dans ton crâne édulcoré. tu inscris son élégance et son costume dans ta rétine. « Vous êtes magicien ? » tu hausses un sourcil. « Vous devez avoir froid, habillé aussi légèrement en hiver. Surtout de nuit... C’est du velours, votre cape ? C’est joli. » les mots se bousculent. c’est malaisé. un peu comme toi, au fond. tu ne parles jamais, petit colibri... sauf quand tu es angoissée. vraiment anxieuse. tu t’arrêtes, néanmoins. tu te stoppes et écoutes. derrière les miroirs que sont tes orbes grises, tu penses avoir entendu des pas. ton imagination, tu crois. tu préfères ne prendre aucun risque et te taire. une seconde. deux secondes. tu en comptes vingt-trois, avant de lâcher un soupir. « Il est loin, c’est sûr ? » que tu balbuties, les mains serrées sur la chemise.
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MessageSujet: Re: Croiser le vide, ami du silence, et compter les rides de sa chance ○ PV Lloyd   Sam 13 Fév - 2:12

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MessageSujet: Re: Croiser le vide, ami du silence, et compter les rides de sa chance ○ PV Lloyd   Lun 15 Fév - 12:26

le vide se brise. le silence se rompe. il se désagrège des sons balancés dans la rue. de minces susurres qui résonnent longuement, même après s’être tu. si proches de ton pavillon que tu en frissonnes. ton échine se hérisse violemment. si proches de ton pavillon qu’ils en brûlent ton cœur. ils s’y ancrent, étrangement. tu soupçonnes ton crâne de les conserver précieusement. demain, si tu le vois, seras-tu en mesure de restituer ses mots ? sans doute. tu te remémores inlassablement ses tendres paroles. tu y pioches du réconfort, Aïn. tu y quêtes toute la force du monde.
la prudence ? ce mot est-il seulement dans ton vocabulaire ? non. prudence rime avec méfiance. tu n’es pas de ceux-là. tu n’es pas de ceux qui doutent. de ceux qui scrutent les autres, habités d’une sombre défiance. être prudent, excessivement, n’offre que des possibilités de rebrousser chemin. allergique à la suspicion, tu crois ? très probablement. être sur le qui-vive épuise. le magicien se dissimule derrière des silences. comme s’il se refusait à évoquer son existence. comme s’il renâclait à se dévoiler. tu es contrariée, Aïn. tu veux savoir. tu aimes savoir. c’en est maladif. c’en est douloureux. être tenue à l’écart, tu n’aimes pas ça. être tenue dans le secret insidieux, tu ne le supportes pas. contrariée, certes. néanmoins, ton sourire chétif demeure arrimé à les lippes. il les étire en croissant de lune qui chevrote. comme le reflet instable de la lune dans une flaque. ces immondes tâches sur le goudron où se miroitent les crevasses de la dame blanche, suspendue à son pan de velours noirâtre. la lune, tu l’envies. éternellement accrochée à son morceau de ciel. la femme du soleil, tu ne l’apprécies que peu. de sa lueur insolente, madame vous efface ; vous, les frêles étoiles. tu lui jalouses son éclat fantomatique où les hommes se noient allègrement. ah... Aïn. à quand le jour où être en vie te suffira seulement ?

le magicien souligne être un oiseau. tu écarquilles de grands yeux monochromes où dégueulent toutes les nuances douceâtres de la stupéfaction et du bonheur. un oiseau. tu dévoiles tes canines joliment tournées vers les autres. un oiseau. comme toi, au fond. libre créature. enchaînée aux cieux décolorés et méchamment malmenée par les vents sournois. un oiseau.
ploc. ploc. ploc. l’eau suinte des rideaux nuageux. tu lèves le visage vers ces moutons à la couleur de tes billes. tu aimes la pluie. tu l’adores. les perles tombent sur tes cils. tu en sembles changée. lavée de ces péchés où tu te roules allègrement. la gourmandise ; celle de chérir les biscuits et les gâteaux plus que tous les autres cadeaux de la vie. la paresse ; celle de laisser les paupières tomber, dès que le palpitant manifeste le désir de rêver. l’envie ; celle de briller davantage que tous les astres rassemblés. l’avarice ; celle de ne chérir que les tiens et de ne pouvoir les prêter à quiconque. non, tu les gardes à tes côtés. suivi de cet orgueil innommable qui te ronge. ce sombre vice qui déchire tes entrailles. seules la luxure et la colère se révèlent être de parfaites inconnues. la question est : pour combien de temps encore ?
tu ne sais. tu ne cherches pas à deviner. tu risques de basculer dedans, à trop y penser, n’est-ce pas ? tu préfères les oublier.

tu le dévisages, le magicien. il ôte son haut-de-forme, infiniment élégant sur ses filaments obsidiennes. il le fixe sur le sommet de ton casque, étonnamment. tu lui coules un œil inquisiteur, à mesure que tu retrouves un semblant d’équilibre sur tes chevilles fines. tu chancèles. tu te sens prise d’un vertige. est-il seulement possible d’oublier comment marcher, en trois minutes ? non. ce n’est que l’émotion. le trouble. celui qui gangrène dans ton cœur malingre et tremble dans ta colonne vertébrale.
« Où résidez-vous ? » tu entrouvres les lèvres, afin de répondre. il se démène avec ses vêtements. il fouille avidement. intriguée, tu conserves religieusement le silence, sans détacher les prunelles de son costume. de son être entier. tu es fascinée, Aïn. quels autres tours cache-il ? de quels autres mystères s’entoure-il ?
offerte à tes pensées, tu ne remarques qu’à peine qu’il s’est arrêté. qu’il semble embêté, surtout. à ses mots, tu te brises. tu ouvres à nouveau les mirettes, horrifiée. il file. après s’être délesté de son dernier rempart contre la mauvaise saison.
« Vous allez attraper froid ! » que tu lâches, à-demi, dans un hululement terrifié. le silence tombe. il s’insinue entre le magicien - désormais loin de ton regard - et ton corps frêle. un cri s’échappe de ta trachée étroite, lorsqu’une détonation hurle, déchirement abominable qui lamine la nuit paisible. tu rases les murs, Aïn. tu t’y cloîtres, sûrement bousillée par la furieuse envie d’y disparaître. d’y fusionner avec le béton sale. une deuxième. la fumée nauséabonde crache son odeur entêtante. tu veux fuir. tu en as le droit, Aïn. le magicien y est retourné seul. il s’est jeté dans de beaux draps, visiblement. tu en as le droit, de courir. au mieux, une fois l’entrelacs de rues moribondes quitté, tu peux sortir ton téléphone et contacter les autorités. tu y penses. tu peux, mais tu n’en as pas envie. il s’est mêlé de tes affaires. il s’est interposé. tu en as le droit, mais tu n’en as que le dégoût. tu ne veux pas. tu ne peux pas.

les secondes défilent. les grains s’accumulent dans le sablier - celui que tu imagines - et tu ronges ton frein. celui de te balancer nonchalamment dans la mêlée, sans arme ni force. tu penses. tu ressasses. du bout des phalanges, tu récupères le smartphone qui pèse dans la poche droite de ton manteau. tu frémis. tu veux faire vite. tu veux faire bien. il s’engouffre sitôt dans la poche intérieure. celle où tu caches habilement tous les objets de valeur. tu y glisses le bijou inestimable qui pendouille à ta gorge du matin jusqu’au soir, et du soir au matin. un avertissement résonne dans la pénombre. la voix du magicien. il te demande de courir. à toi, vraiment ? à qui d’autre. tu n’obtempères pas. comme s’il t’était possible de l’abandonner, là.
les visages aux fenêtres, il n’y en a aucun dans la ruelle. tu t’y traînes. tu t’y enfonces, exposée aux bourrasques. le manteau, la cape et le haut-de-forme serrés contre ton palpitant qui s’use. tu t’y arrêtes, rien qu’un instant. les billes anthracites scrutent brièvement les murs. une brèche s’y dessine. à nouveau, tu balances un regard à droite, suivi d’un autre, à gauche. il n’y a pas âme qui vive. fébrile, tu laisses les vêtements-là. coincés entre les pierres poreuses d’une très vieille bâtisse. dans l’obscurité, ils sont imperceptibles.

c’est un dangereux programme. une idée farfelue. une inquiétante volonté. tu ne conserves que l’habit de ton école. ton uniforme, dans le temps frisquet. un dernier regard en arrière, accompagné d’une énième détonation. tu t’étonnes que les autorités ne se soient pas déplacées. un frémissement. tu t’élances sitôt. tu veux profiter de la déflagration ; de la fumée. tu commences à courir, maladroitement. tu frappes volontairement des talons. violemment, au risque de buter sur les pavés. contrairement à ses conseils, tu ne cherches pas à mettre de la distance entre vous. tu ne cherches pas à fuir.
de nouveaux pas claironnent sur le sol. ils ne t’appartiennent point. ni même au magicien. ils sont lourds. ils sont bruyants. ils sont ceux du maître de la rue autoproclamée. il est raisonnablement loin. tu songes que le mieux est qu’il y reste, à cette distance confortable. tu sauves ta vie, Aïn. ton souffle court façonne de minuscules nuages aussitôt balayés par la brise. tu brûles, Aïn. les poumons secs et la trachée si serrée que l’air peine à y abonder. une véritable course poursuite. comme celles des films.

tu zigzagues. les chemins divergent. néanmoins, tu l’entends toujours beugler, dans ton dos. tu es terrifiée, Aïn. horrifiée à l’idée que tu puisses échouer. que tu puisses être attrapée. avec allégresse, tu balances les caillasses du bout de tes pieds. faire plus de bruit ? ce n’est pas très sage. les cris se rapprochent, tu le sens. ils redoublent de vitesse ; à moins que tu ne ralentisses. tu ne sais pas. tu n’es plus très sûre de vouloir connaître la vérité.
la vérité est si laide, souvent. vissée sur de petites jambes qui semblent happer difficilement les derniers mètres, tu quittes la rue étroite. une rue qui débouche - étonnamment - sur une avenue fréquentée. les âmes s’amoncellent autour de toi, et tu souris. tu t’imagines sauvée, au milieu de ces corps qui déambulent. rien qu’une seconde, tu observes.
« Trouvez-la ! » qu’il éructe, le type. tu épouses la houle et son mouvement lancinant. les os craquent. ce son sinistre que tu aimes, désespérément. celui de la libération.

les fringues abandonnées au milieu de la rue, sous les regards circonspects des badauds, tu t’échappes à tire-d’aile, mince oiseau. s’il en était capable, ton bec fin dessinerait un sourire rieur. un sourire au même éclat que tes billes moqueuses. échec et mat, que tu sembles chanter. méchamment ballotée, si petite entre les bras de la mauvaise saison, tu peines à rester sur le même itinéraire. jusqu’à apercevoir les dernières volutes de fumée. les perles acides ruissèlent sur tes ailes frénétiques, menaçant de te faire chuter. tu ne veux plus tomber. éconduite de l’immensité noire, tu ne souhaites que poursuivre ton vol. encore un peu. rien qu’une minute, et tu y seras. ensuite, tu seras libre de sombrer jusqu’au bitume. ensuite, tu seras encline à te briser l’échine sur les rocailles.
tu le remarques, à mesure que tu dégringoles si bas que tu en rases le sol. le magicien est là, il s’active. quasiment indemne, si ce n’est les gouttes qui sanguinolent, de part et d’autre de sa silhouette. tu émets un curieux chuchotement. une bribe de chant, sûrement. si bas qu’il en semble silencieux. incertaine, tu t’approches jusqu’à atteindre son épaule où tu demeures un instant. moins d’une seconde. peut-être deux. tu recommences, doux colibri aux plumes criardes. un susurre infiniment doux, ainsi perchée à côté de son oreille.

bientôt, tu décolles à nouveau. c’est important que vous quittiez ces lieux ; plus important que le reste. plus important que la douleur qui s’arrime à tes os. à tes muscles. tu brûles, Aïn. affublée de ton apparente vulnérabilité, tu actives les deux appendices duveteux qui soulèvent ton corps avec une facilité déconcertante. tu ne vois rien, dans la pénombre. tu volètes au hasard, sans t’éloigner ; de peur de le perdre, sans doute.
minuscule éclair aux nuances du bleu au violet, il semble si aisé de te perdre.
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MessageSujet: Re: Croiser le vide, ami du silence, et compter les rides de sa chance ○ PV Lloyd   Mer 17 Fév - 23:21

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MessageSujet: Re: Croiser le vide, ami du silence, et compter les rides de sa chance ○ PV Lloyd   Mar 16 Aoû - 21:20

le vide. le vide.
souvent rassurant, tantôt chaleureux. de temps à autre, il revêt une apparence plus sombre ; c’est celle qu’il adopte sous la pluie. la triste ritournelle te tue les tempes — elle t’égorge et anesthésie tes sens. tu cherches à l’entendre, tu désespères de ne pas l’apercevoir ; lovée dans un monde où tout n’est que silence et obscurité, tu sombres peu à peu. les paupières lourdes tombent, de plus en plus souvent — tu songes à la mort. c’est à cela qu’elle ressemble, tu penses.
à l’absence de possibilités ; à l’impossibilité d’esquisser un geste pour gommer le désarroi sur un visage où se dessine toutes les nuances de l’horreur. tu te détestes en souriant ; tu l’aimes en pleurant. lui qui ne cherche à te protéger — lui qui espère te trouver en y laissant la chair de ses phalanges. tu hurles des cris minuscules, chétif oiseau vêtu de tristesse. du bout des ongles, tu récupères sa chemise et tires. s’il t’était possible de la déchirer, tu t’y risquerais.
tu désires son regard troublé ; tu désespères de ne rien trouver. The Spectre. sans même y penser, tu adresses à la flicaille ce que tu soupçonnes d’être une œillade courroucée. « Laissez-le partir. » que tu hurles, amie de ces piaffes qui hantent les fourrés. « Laissez-le s’en aller ! » que tu jappes, en proie à un sanglot alarmé. il s’étrangle dans ta fine trachée ; tu souhaites le sauver.
les poulets le chassent — ils le veulent entier. le vent, lui, se dépêche de violer la fine muraille aux milles couleurs vives ; les plumes collées à la peau, tu ne ressembles plus à rien. À rien, sauf peut-être à ces pigeons percutés par les bagnoles surexcitées qui volent les vies aussi sûrement qu’elles détruisent le monde. le tien s’amenuise sans cesse, si vaste lorsque tu n’es que colibri balayé par la brise.

tu le remarques qui bouscule, qui chahute dans la foule avec la grâce du chat blessé ; il court vers son salut. si tu n’étais pas qu’un mince oiseau, tu rirais aux éclats — de bonheur, cela va de soit. étonnamment, tu ne peux te résoudre à le laisser là. tu ne peux accepter de l’abandonner à sa fuite, tu t’élances à sa suite. là, il se stoppe si net que tu percutes son dos dans un cri alarmé. à ses pieds, tes fringues gisent ; ils sont trempés.
suspendue à ses fripes, tu t’accroches. les os fins comme des brindilles craquent. encore et encore. encore et encore.
encore et encore. l’univers s’arrête de tourner — il se fissure à mesure que tu recommences à muter. « Pas maintenant... » que tu pries, du bout du bec.
« Eh bah mon vieux, quelle soirée. » s’il n’était pas si abîmé, tu lui offrirais ce sourire dont tu as le secret ; celui qui déstabilise les bourreaux, celui qui annihile toute forme d’animosité à ton égard.
tu l’observes — tu l’admires. lui qui, malgré l’étendue de ses plaies, se risque à poursuivre sa lente épopée. tu t’accroches à son côté ; tantôt son épaule, tantôt son dos dans lequel tu te laisses pendre, inhabitée par une quelconque force. la fatigue s’arrime à tout ce que tu es. chaque organe est lourd ; tu menaces de te rompre.
tu le sens, tu le sais. bientôt, nue comme le pur nouveau-né, tu t’habilleras du péché humain. tu renonceras à la beauté de l’être léger titillé par les nuées, et t’enchaîneras à la terre trop ferme. la douleur est telle que tu te juges prête à disparaître ; bouffée par le don que tous imaginent simple à contrôler.
tu halètes.

il émerge de son tombeau aux relents nauséabondes — tu demeures dans son ombre. depuis un moment déjà, c’est à peine si le souffle s’échappe d’entre tes lippes dures. il achève de se couper à la vue de l’édifice ; surtout à celle de sa grande beauté. enveloppé de pénombre, le temple paraît être le théâtre de quelques scènes mystiques. un lieu de culte — impossible à profaner. le magicien s’y risque, créant un fantôme de sa silhouette à la fois altière et voûtée.
il s’écrase volontiers contre un mur, tout offert qu’il est à ses pensées. tu le mires avec l’admiration que tu n’accordes qu’aux tiens ; qu’à ces rares êtres dont tu es foncièrement amourachée. à ton tour, tu rencontres le sol qui te semble particulièrement dur, en cette nuit où le trépas t’aguiche. éprouvée, tu abandonnes l’apparence oisive ; troquée contre le corps à peine alléchant d’une femme en devenir. les membres émettent de nouveaux sons sinistres — ils n’augurent rien de bon. ils enflent avec ta douleur ; ils changent avec ton cadavre brûlant.
les piaillements muent en autre chose, en pleurs inquiétants. elle s’attarde, la mutation. elle en met du temps, la transformation. plus tu en uses, plus tu en subis les affres. tu en abuses et payes chèrement le prix. le rythme de ton organe palpitant s’accélère à mesure que les minutes s’égrènent ; tu es à bout. redevenue simple lycéenne, tu demeures là — avachie dans un entrelacs de mèches noirâtres, les orbes écarquillées délivrant un flot de larmes terrorisées.
« Je suis désolée. » que tu ahanes, la poitrine soulevée par de violents mouvements. ils sont rassurants ; ils t'annoncent que tu n'es pas encore de ceux qui n'ont plus de souffle.« Le chapeau et la cape sont restés dans la ruelle. » de même que ton précieux bijou. tout ce qui possédait de la valeur à tes prunelles hyalines. tu t'excuses encore, entre deux silences. ceux-là te pèsent.
ceux-là t'arrachent le cœur.
totalement immobile, comme écrasée par la pesanteur ; tu quêtes la chaleur en ramenant genoux et bras contre ta poitrine chétive — du moins, jusqu'à ce que tu avises les vêtements laissés là quelques secondes auparavant. tu les récupères du bout des doigts et te redresses. animée de toute ta pudeur, tu caches les seins d'une main, tout en hissant le tissu d'une chemise immaculée sur ton dos. une manche, et finalement la deuxième.
ensuite, le sous-vêtement que tu dissimules — affublée d'un rouge sur les joues — entre tes mains serrées. tu le dresses vitement sur tes jambes dont il suit le galbe de sa couleur de nuit.
c'est le tour de la jupe ; tu peines à la fermer, tant tes membres tremblent — le choc, le froid ; difficile à dire.

l'œuvre achevée, tu renonces à la solitude pour te couler à son côté. tu espères seulement qu'il crèvera le vide à nouveau, de son arme ou de sa voix ; cela t'est égal.
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MessageSujet: Re: Croiser le vide, ami du silence, et compter les rides de sa chance ○ PV Lloyd   Mar 8 Nov - 1:20

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MessageSujet: Re: Croiser le vide, ami du silence, et compter les rides de sa chance ○ PV Lloyd   Mar 8 Nov - 3:35

le vide. le vide, ami du silence.
ah… Aïn. tu le sens s’échapper d’entre tes phalanges minuscules et osseuses, sans que celles-ci ne tentent un geste vers la cheminée où il s’engouffre ; furieux esprit malin. le silence est désormais loin — exactement à l’image d’un fébrile oiseau. il te quitte avec un sourire et te retrouve, le regard comblé d’allégresse. comme s’il était foncièrement heureux, le vide. comme s’il t’aimait autant que sa propre gosse.
s’il n’y avait pas ces minces cordes vocales en guise de preuve, le monde te décrirait muette. tu ne parles que peu, Aïn. c’est mal.
c’est mal d’être piégée dans un étau où tu envies secrètement la femme de ta vie, sans un mot. elle, continuellement ravagée par les mots qu’elle lance, n’a aucun mal à exprimer toute sa décadence. une coquille fissurée. la pâle copie d’une étoile qui, autrefois, brillait. quoique. la question est susceptible d’être posée ; étincelais-tu réellement, créature d’un passé révolu ? ta chute n’est-elle pas la preuve que tu ne possèdes et ne possédais pas les attributs nécessaires pour demeurer là-haut, en paix ?
là où le silence était omniprésent.
là où dansait les comètes sous tes prunelles écarquillées. muée dans une aphasie perpétuelle, tu mirais ce bal plongé dans une pénombre continuelle ; obsédée par la lente valse cosmique. il te manque, Aïn ? si seulement ils savaient à quel point… ton cœur se serre à quelques souvenirs. mais, non. de ce corps robuste ne subsiste qu’un amas de chairs bleuies par le froid et l’agonie d’une âme désorientée. tu es seulement vivante, frêle colibri. ce constat t’ennuie autant qu’il t’anime d’une force nouvelle. c’est la seule chose que tu réclames, Aïn ; un regard sur ta carrure de naine.
juste un mot.

logée contre une épaule sans que la tienne ne se risque à faire plus que frôler, tu lui coules une œillade inquiète. est-il fâché ? souffre-t-il de ses plaies ? un frisson meurt à ton échine, à cette simple pensée. tu ne peux te résoudre à l’accepter ; qu’il se blesse pour te protéger. pourquoi s’y est-il risqué ? pourquoi ne t’a-t-il pas abandonné là ? le triste sort que l’enfoiré te réservait te paraît infiniment plus doux que la culpabilité qui t’étreint à la manière d’un amant zélé. lèvres closes, tu défailles.
lentement, sans ajouter une parole sur l’entrelacs sinueux qu’est le cheminement de tes pensées, tu dévores le sol des yeux. le feu crépite, il n’instille aucune chaleur au petit être pétrifié que tu es — bouffée de l’intérieur par un gel qui n’est en aucun cas lié à l’hiver ensemencé depuis de longues semaines déjà.
non, le feu crépite mais ne t’offre guère davantage qu’un peu de lumière au milieu du néant ; tout du moins, jusqu’à ce que des mains s’emparent de tout ce que tu représentes. les billes immensément ouvertes, tu te laisses attirer entre ses bras qui, à cet instant, te semblent tout sauf dérangeants. « Ne vous inquiétez pas… tout est calme maintenant. Il n’y a plus de danger. » tu gobes ses affirmations sans peine, aucune. il représente déjà beaucoup trop pour que tu oses crier aux mensonges. il représente déjà beaucoup trop… la gêne s’immisce au sein de ton organe palpitant à cette idée. l’honnêteté, Aïn — ce n’est pas ton domaine de prédilection. « Vous avez été très courageuse… » ses lèvres sont proches de ton oreille. tu réprimes une plainte volubile ; sa bouche dispense une berceuse venimeuse qui réveille ton pouls soudainement fou. « Non. En fait, je veux dire que vous avez été très courageuse pour une petite étoile. » un sourire attaque ton délicat profil. tu ne peux t’en empêcher, tant ce qu’il articule te ranime en tendresse. ses doigts s’insinuent, tu les sens. ils glissent le long de ta colonne, dessinant frissons et frémissements. bientôt, il dépêche ses lippes brûlantes contre ta peau et tu te décomposes.
c’est à la fois rassurant et indécent.
complètement spontané et sincèrement troublant. tu te contentes de caresser ses cheveux sombres du bout des phalanges, de manière si superficielle qu’il n’en sent sûrement rien. étrangement, cela s’apparente à un besoin ; disparaître contre sa poitrine qui se soulève à un rythme régulier. il est en vie, Aïn.

le bonheur s’envole, tout aussi bref que le silence. il te lâche, similaire à un enfant piqué par l’aiguille pernicieuse du médecin. là, visiblement hagard, l’autre te semble se réveiller d’un songe. non ! l’expression coince dans ta gorge. en vain, ton cœur commande à tes bras malingres de l’attraper. son odeur s’efface instantanément de ta mémoire — gommée par la déception. le froid succède de nouveau au feu. « Je ne voulais pas vous… enfin… que vous soyez plus en proie à l’humidité. Désolé. » tu secoues le minois, affublée d’un sourire peiné. ce n’est rien, n’est-ce pas ? tu ne peux évidemment pas avouer que, s’il est traversé d’un énième élan similaire, il est tout à fait bienvenu de te reprendre ainsi contre lui. c’est étrange, Aïn. dire que tu refuses les étreintes d’Alys mais te consumes à celles d’un inconnu. « Et l’escapade dans les égouts fait que je ne suis pas de toute fraîcheur. » nouveau sourire. de toute fraîcheur ? il n’empeste pourtant pas, lavé par la pluie. voilà, la pluie — c’est la fragrance qui prédomine sur sa peau pâle. tu ne relèves cependant pas, occupée à observer ses gestes.

il est encore si près, Aïn. tu n’as qu’à tendre une main, Aïn. encore et encore. encore et encore. « J’ai eu très peur. » toi aussi. brisée par la terreur de le voir s’activer de telle manière alors que tu te trouvais à un pas de son squelette voûté. tes orbes grisâtres se perdent sur ses mains abîmées. « En vérité, je pensais vous avoir perdue. » tu lèves à nouveau l’œil vers son visage, les genoux ramenés contre tes seins où le cœur tangue dangereusement. son aveu te balance dans un trou obscur. perdre n’est possible que s’il accordât un minimum de valeur à ton existence. « Mais vous voilà. C’est comme… un miracle. » il te coupe le souffle. le miracle n’existe pas, non. c’est lui qui porte ce rôle qui, manifestement, pèse lourd sur ses épaules. « Cependant… » voilà qu’il te laisse seule contre le mur glacé. tu ne peux détacher le regard de ce qu’il fait. son timbre t’arrive déformé, agité de tremblements que tu soupçonnes ton esprit d’imaginer. « Je n’aime pas que tu me regardes comme tu le fais… parce que je n’ai rien qui puisse pousser à l’admiration. » ciel, jusqu’à quel point s’ignore-t-il ? jusqu’à quel point se déteste-t-il ? le croissant esquissé sur ta gueule vacille, tâché par l’ombre de la tristesse. « Un voleur n’a pas à avoir le privilège d’éclairer ton visage. » tout s’emballe ; tes veines crachent du venin plutôt que d’un jet d’hémoglobine. a-t-il honte de ce qu’il est ? tu ne penses pas mériter un homme plus qu’un autre. il est ce que tu veux, Aïn ? sans doute. « Ce n’est qu’un masque. » le masque… ah, le masque. l’éclat sur la bouille s’amenuise jusqu’à disparaître. tu en portes un beau, de masque.
celui que tu revêts, inébranlable lorsqu’harcelée, et qui véhicule l’impression que tu es capable de demeurer indifférente même aux insultes. « … rien qu’un masque. » les lettres s’impriment dans ton crâne. « Et j’ai bien cru que ta disparition allait souiller ma vie, sans réellement comprendre pourquoi… » tu te figes. « … je suppose qu’il n’y a rien à comprendre. Dis-moi qu’il n’y a rien à comprendre. Dis-moi que le fait que mon esprit ne soit pas clair relève de la mésaventure de ce soir et que tout sera résolu demain dès l’aube. Dis-moi que tu ne trouves rien d’admirable dans tout ça. » tu ne respires plus. tu restes seulement là, livide. ton cerveau hurle à tes membres de décrire un mouvement, de se précipiter sur lui pour effacer la cause de son mal-être ; même si cela signifie t’annihiler. mais… rien ne découle des cris muets. finalement, les babines agitées de tremblements, tu te contentes de répondre aux questions qu’il se destine plus à lui-même qu’à toi.
« Je l’ignore. »

c’est tout. c’est assez. « À toi aussi, les humains te donnent la nausée ? » tu acquiesces, embrassée par le mutisme. il ne l’a peut-être pas remarqué ? tu l’ignores. « Toi aussi tu exècres cette forme sous laquelle nous sommes réincarnés ? » ton visage dodeline de haut en bas, si peu que c’en est à peine discernable. tu veux retourner aux cieux. tu ne veux plus être fragile objet d’os et de souffle qui se détruit si aisément. « Je n’ai même pas entendu tes piaillements. Je sentais une présence lors de la course-poursuite, mais je pensais qu’elle était néfaste alors que ce n’était… que toi. » l’es-tu ? tu ne peux affirmer être inoffensive. tu ne peux dire n’être que douceur. et le voilà qu’il comble l’espace entre vous et te reluque. naturellement, tu combats ses prunelles des tiennes. « Tu dois tout oublier. Absolument tout. » tu ne veux pas. tu ne le feras pas. « Nous ne devrons jamais nous recroiser. Quoiqu’il en coûte. » tu le regardes sans ciller. tu n’es pas de son avis ; tu n’en as aucune envie. « Mais sache que je suis heureux que tu sois saine et sauve. » le rouge effleure tes joues encore rondes de l’enfance. tu l’es aussi. « Tu as une… mèche rebelle. » il te touche avec maintes précautions. il récupère ladite indisciplinée et la dépose derrière ton oreille — tu ne pipes mot. tu apprécies seulement le contact de sa grande main, faisant taire momentanément ton soudain appétit pour le touché d’autrui. La tienne rencontre son poignet qu’elle attrape, l’invitant sans parole à poursuivre sa caresse. merci est ce que tu rêves de chuchoter. le remercier de quoi ? de s’être jeté de son perchoir pour te délivrer d’une prison dotée de la parole ? le remercier de quoi ? … de te donner le droit — en donnant un peu de crédit à ta voix et ce qu’elle formule — d’être une petite étoile ? « Je pense que ce que tu es n’a d’importance que pour les autres. Tout ce que je sais à ton sujet, c’est que tu m’as protégé. Je n’ai guère besoin de davantage. » tu lui décoches ce bel éclat dont tu as le secret. celui que tu n’offres qu’aux êtres aimés ; il est sûrement tout ce qu’il reste de l’astre que tu étais. « Je veux te revoir. » encore et encore. encore et encore. le revoir chaque jour — peut-être même toutes les heures. « Je ne veux pas oublier. » il est si proche... tu sens son haleine sur tes lèvres. tu te penses capable de fondre sur sa bouche, s'il n'y avait pas les réprimandes de papa pour te dissuader de le faire. c'est mal, Aïn.
c'est un homme.
« Tu es blessé... » écarlate, tu te résignes à enfreindre une règle ; tout du moins, s'il accepte de suivre. « Je vis à proximité. Il y a de quoi te soigner, à la maison. » tu retombes dans le silence durant une seconde. « Ah ! Mon père est absent, personne n'en saura rien. Et... » tu hésites. « Ainsi, tu seras à l'abris de la police s'il reste des agents aux alentours. J'ai un sèche-linge aussi... »
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MessageSujet: Re: Croiser le vide, ami du silence, et compter les rides de sa chance ○ PV Lloyd   Dim 13 Nov - 21:28

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